Sandrine Chal, référente famille: “Notre cœur de métier, c’est notamment le soutien à la parentalité”

En Haute-Savoie, la MJC – Centre Social Victor Hugo est située dans la commune historique de Meythet, devenue désormais un quartier d’Annecy avec 8000 habitants. Le centre est situé juste à côté de l’école dans une zone où la plupart des habitants viennent au centre à pied et où existe un dynamisme local ! Historiquement MJC, l’Espace Victor Hugo est centre social depuis 2013 et a également un agrément animation collective famille. Nous y avons rencontré Sandrine CHAL, référente famille !

Sandrine bonjour, tu es donc référente famille au Centre Social Victor Hugo, peux-tu nous raconter un peu ton parcours professionnel ?

Au départ, j’ai un diplôme de CESF [Conseillère en Economie Sociale et Familiale] que j’ai obtenu en trois ans après le bac. Ma carrière professionnelle a débutée dans les pensions de famille puis je suis arrivé au centre social Victor Hugo il y a maintenant 5 ans. Ce qui m’a motivé à venir travailler en centre social c’est de pouvoir au quotidien construire avec les familles et les habitants et d’être sur un public très large, on rencontre des personnes en difficultés, d’autres qui ont besoin de conseils sur les relations avec leurs enfants mais aussi tout un tas d’autres personnes.

Notre cœur de métier, c’est notamment le soutien à la parentalité mais on agit aussi avec d’autres groupes d’habitants. Pour moi, c’est vraiment dans cette diversité de situations qu’il y a de l’intérêt ! Au sein du centre on a une autonomie car on part des idées des habitants, on fabrique à partir de leurs envies et des possibles. La spontanéité a une place importante tout comme la proximité au quotidien avec les habitants.

La fonction de référent.e famille, de quoi s’agit-il ?

Au sein du poste de référent famille, je suis à 80% dans des actions de soutien à la parentalité, que ce soit des actions impliquant parents et enfants mais aussi avec les plus petits. Il y a une réelle mixité dans les publics que l’on reçoit : des parents en congés parental, d’autres ayant des difficultés et ayant été orientés par des partenaires sociaux. On propose des moments de jeu, des activités dont le but est pour les parents de leur permettre de passer du temps avec leurs enfants. Mais le terme « famille » ne doit pas être réduit à une personne avec des enfants. Ce sont les personnes les plus présentes mais nous accueillons aussi des personnes sans enfants, que ce soit des personnes isolées ou des personnes âgées par exemple.

Notre rôle est d’être en écoute, en soutien pour rendre les publics les plus autonomes possibles. Pour moi, le travail est bien fait lorsque ce sont les habitants qui s’apportent des réponses entre eux ! Je suis là au quotidien avec les familles. S’il y a un atelier peinture, je fais avec …, un atelier d’écriture, je fais avec. Ces moments permettent à la fois de la sociabilisation, la rencontre avec des pairs qu’ils vont revoir au sein du quartier par exemple. Nous sommes présents à côté pour écouter…

On développe aussi tout un tas d’actions pour favoriser la réussite dans un apprentissage et améliorer la confiance en soi. Ce fut le cas avec les ateliers vélos ou encore dans un projet d’ateliers avec les familles associant parents et enfants autour d’ateliers artistiques pour préparer le carnaval et décorer la médiathèque du secteur. Lorsque les enfants vont ensuite à la médiathèque avec l’école, ils peuvent dire que c’est eux qui ont fait cela avec leurs parents ! On a par exemple aussi organisé une sortie familiale à Peaugres ou encore au Parc des Oiseaux. Souvent, il s’agit de la journée de vacances de l’année et c’est un déclic pour découvrir que c’est possible de faire ce type de sortie avec plusieurs enfants et de favoriser les liens au sein de la fratrie également. J’ai aussi des souvenirs de réussite dans ces activités entre enfants et parents, comme lors des ateliers parents-ados d’escalade où l’on entend « je ne pensais pas que t’en étais capable » !

Comment fais-tu au quotidien en tant que professionnelle pour créer les conditions pour l’action collective des familles ?

C’est bien toute la finalité de notre fonction dans un centre social. Ça passe par un véritable travail de fourmi qui demande à la fois de la régularité dans les rendez-vous et les espaces de rencontres proposés et du « pas à pas ». Tous les mercredis matins, on ouvre ainsi un café au centre social où chacun.e vient quand il veut entre 9h et 11h30. Certain.e.s viennent une fois, d’autres plusieurs fois… des idées émergent, les choses peuvent ainsi se mettre en place petit à petit. Ces espaces-là permettent aussi de casser des stéréotypes entre les différentes générations du territoire.

Au-delà de cet espace régulier, on organise aussi des conférences-débats qui ne s’adressent pas qu’aux professionnels et dont les parents sont aujourd’hui relais et porteurs. C’est des espaces où il s’agit parfois de dépasser les difficultés avec la langue, de se permettre de prendre la parole. J’ai en tête l’exemple de cette dame qui est d’abord entrée au centre par les Ateliers Socio-Linguistiques puis qui est venue sur des ateliers avec les enfants et est maintenant bénévole au sein du centre, notamment à l’occasion de l’assemblée générale ou encore du couscous solidaire du Téléthon.

Notre rôle est en permanence un juste milieu à trouver entre ce que l’on impulse et ce que l’on accompagne. Je pense ainsi à ce constat partagé par professionnels et parents des difficultés de relations avec les adolescents. Face à ce constat, on a mis en place des ateliers de théâtre d’improvisation pour mieux comprendre les situations vécues, les représentations. C’est un bel outil et une dynamique forte qui s’installe ainsi.

Au final, tous ces moments d’échanges, ces animations, ce sont avant tout des outils pour être en permanence à l’écoute. Il faut être prêt à parfois recueillir des vécus violents, savoir reprendre au calme et ailleurs les difficultés ou les problèmes rencontrés par les familles.

A propos de difficultés justement, quelles-sont-elles selon toi ?

L’une des difficultés principales c’est parfois d’être seule en animation car tu n’as pas la possibilité d’assurer l’activité et dans le même temps de prendre le temps avec une personne si un vécu compliqué est exprimé par exemple. De fait, nous sommes deux sur l’animation famille au sein du centre et puis nous conduisons beaucoup d’actions en partenariat pour être dans la co-animation et ne pas faire seule !

Sur l’aspect financier, on essaie au maximum de conserver des marges de manœuvre pour être en capacité d’accompagner des projets portés par les habitants. Il s’agit de pouvoir rendre les projets possibles et de ne pas être freinés par des démarches trop importantes.

Enfin, ce n’est pas un défi mais plutôt un point d’attention, on doit penser notre fonction en transversal et en partenariat. En transversal car la dimension famille est partout au sein du centre, on a ainsi l’occasion d’échanger ou d’intervenir au sein de l’accueil loisirs où nos collègues sont davantage dans l’animation. Côté partenariat, il y a beaucoup de liens avec l’ensemble des acteurs du territoire impliqué eux-aussi avec les familles. C’est une réelle complémentarité qui s’installe entre le travail en individuel qu’assurent les travailleurs sociaux et notre animation collective avec les familles. Une semaine sur deux, on met en place ainsi des groupes de sociabilisation pour les adultes sur ce qu’ils veulent faire, ce qu’ils peuvent faire que l’on co-anime avec une assistante sociale du pôle médico-social.

Comment communiquez-vous auprès des familles ?

Le meilleur outil c’est le bouche à oreille, car la plupart des familles viennent par le biais d’une autre famille. On n’a pas besoin d’une communication importante, il faut pouvoir en parler surtout et avoir un maillage partenarial fort. Ça passe par des petites choses comme la proposition de venir au café des habitants, d’assister à une conférence, etc. Ensuite, il faut toujours un temps de mise en confiance car l’on sait très vite tout de la vie des gens parfois. Souvent les gens nous disent que « le centre social, c’est leur deuxième maison ! »

Pour terminer, aurais-tu une pépite à nous partager ?

Pour moi, une des pépites récentes c’est un projet où les mamans sont contentes de faire avec leurs enfants et qu’elles aient aussi envie de faire des choses pour elles ! Ça a démarré avec un projet d’une journée en montagne qui a demandé une grosse organisation en amont pour s’assurer de la garde des enfants. Après une première édition réussie, le projet a pris de l’ampleur et cette année on est parti pour deux jours ! C’est un véritable pas en avant, une ouverture pour les familles.

Les finalités de la fonction « référent familles » 

La circulaire 2016-005 de la CNAF portant sur le « référentiel familles » attribue 4 finalités aux fonctions de référent famille :

  • Etre le garant avec le directeur du centre social de la conception, du pilotage, de la mise en oeuvre et de l’évaluation du projet familles, en cohérence avec le projet social du centre ;
  • Développer des actions et/ou services à dimension collective contribuant à l’épanouissement des parents et des enfants, au renforcement de la cohésion intrafamiliale et aux relations et solidarités inter familiales ;
  • Contribuer à la mise en place et coordonner les actions et services de soutien à la parentalité développés au sein du centre social ;
  • Participer à l’animation et la coordination des partenariats intervenant dans les champs de la famille et de la parentalité.

 

Propos recueillis et retransmis par Hugo BARTHALAY 

Contact

Sandrine CHAL
Référente Familles
MJC Centre social Victor Hugo
6 rue de l’aérodrome
Meythet 74960 Annecy
famille@espacevictorhugo.org

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