Réseau Jeunes – le carnet de bord : Justice sociale : les jeunes veulent peser dans la balance

JOUR 3 : Le Grand jour. Les jeunes animent un banquet citoyen !

On y est. Ce mardi 2 novembre, les jeunes du réseau jeunes national animent un banquet citoyen à Marseille, en fin de matinée. 1h30 de rencontre et d’échanges avec les habitant.es de la ville, passant.es, personnes en lien avec les centres sociaux, bénévoles, enfants, adultes… 16 stands, 16 formes d’animation différentes préparées la veille, autant de façons d’aborder les questions de justice sociale.

Cette matinée vous est racontée par 6 jeunes, « grands reporters » qui ont participé à un atelier d’écriture journalistique hier. Nous avons nommé : Abdou, Mamadou, Laounia, Sofie, Maissan et Monia.

Photos : Amélie Heroux

« Après le petit déjeuner, nous sommes partis de l’ile du Frioul pour se rendre à Marseille dans un bateau privatisé avec près de 180 personnes du réseau jeunes à bord. On a de la chance, il fait beau, le temps est agréable, et bien plus clément que les autres jours. Ouf. Après quelques tests PCR, nous sommes arrivés au centre d’animation et de loisirs « Les Martégales » où nous allons tenir le Banquet. Il y a une grande partie en extérieur, avec des stands et une salle, où vont se tenir le théâtre forum et le p’tit déj débat.

Les installations des stands ont débuté vers 10h10. Chaque groupe s’est réuni pour organiser le banquet citoyen. Tout le monde est impliqué. A 10h26, les premières personnes habitantes dans les environs arrivent, « rabattues » par plusieurs équipes de jeunes et animateurs qui, dans la rue, incitent les gens à venir participer à l’expérience du parcours de la justice sociale ! Chapeaux hauts de forme sur le crâne, ou munis de panneaux « crieurs publics », les jeunes, animateur.rices, administrateur.rices de centres et fédérations, suscitent la curiosité des passants, qui arrivent, curieux. Des élus locaux, des responsables associatifs et des habitants mobilisés par les centres sociaux du département se joignent au Banquet.

Photos : Amélie Heroux

Dès le début, le stand Questions pour un champion fait un tabac, avec des questions de rapidité posées sur la justice sociale et les inégalités dans la société. Les tablées du p’tit déj débat aussi sont pleines. Pour avoir droit à un café et des gâteaux, il faut s’asseoir et accepter de participer à un échange avec les jeunes et d’autres adultes. Et ça marche ! Les participants sont bien accueillis, avec des petits gâteaux, café ou thé… On retrouve autour des tables des jeunes ainsi de des adultes ce qui favorise le mélange des générations. Une participante, responsable d’une association est ébahie : « ce stand est “trop cool, l’événement est impressionnant. Ils sont incroyables, ces jeunes ! »

Le théâtre forum aussi fait le plein : après la scène que les jeunes du stand ont réalisée, ils interrogent les spectateurs afin d’améliorer la scène (la mère avait mal réagi sur l’orientation sexuelle de son fils). Des spectateurs montent sur scène et rejouent la scène, avec leur regard. « C’est intéressant, comme forme, j’aime bien » souligne une participante. Le stand culture populaire et justice sociale, lui, a mis en place trois affiches dont une avec 3 posters de films traitant du sujet de la justice sociale : dont « The hate U Give », « chouchou » et « chocolat » et propose aux participants de discuter et écrire sur ces sujets.

Atelier photolangage, jeu time story sur l’histoire des lois en France, atelier chamboule tout de la justice sociale avec des mots (exemple : Racisme, liberté, éducation, injustice, immigration et discrimination), animations avec les enfants, mur d’expression de la justice sociale… ça foisonne ! Tout est support au débat sur la justice sociale en France et les jeunes sont de formidables animateurs !

Une émission radio est enregistrée en direct avec le concours de Fossa FM 107.5, radio associative (créée quelques années auparavant dans un centre social). Du débat en plateau, animé par les jeunes, des interviews enregistrées dans la rue ou pendant le Banquet, une playlist de chansons sur le thème de la justice sociale, choisies par les jeunes… Avec leurs casques et leurs notes, les jeunes journalistes radio animent l’émission, avec le concours de Christina et son collègue technicien. Un rap tourné la veille sur l’île est diffusé, des petites histoires de vie sont racontées.

Les jeunes sont complètement mobilisé.e.s, ils/elles assurent ! Il faut dire qu’ils.elles se sont préparé.e.s la veille. Antoine, 14 ans : « Hier on s’est posé la question sur la forme de débat qu’on allait proposer. On a imaginé 3 formes de débats. Le premier consistait à poser une question fermée, Le deuxième fait plusieurs propositions, le troisième est une question ouverte où on débat et où tout le monde donne son avis ».

L’implication des jeunes se ressent sur les participants. Une passante, présente à Marseille ce jour-là : « Les stands sont géniaux et bien organisés même si mon point de vue sur la justice sociale est un peu différent car je vis au Canada ». Une autre : « mais d’où ils viennent ces jeunes ? Ils sont incroyables et tellement pertinents. Ce qu’ils disent est hyper fort ». Un animateur d’un centre social du Vaucluse venu en voisin : « je suis passé voir ce que les jeunes ont produit et voir le traitement de la question de l’injustice sociale. Je suis épaté par leur travail ».

Sur le fond, le banquet est un espace d’écoute et d’échange sur comment chacun.e, enfant, jeune, adulte, vit et voit la justice sociale. Les stands permettent à des participant.e.s de prendre conscience de l’existence d’injustices, de discriminations. A d’autres d’en débattre. A la plupart de souligner le bel espoir posé par la jeunesse en général et par les jeunes du Réseau jeunes qui animent le Banquet en particulier. « Il y a encore énormément de boulot au niveau de la société mais ça me fait plaisir car les jeunes se mobilisent sur l’injustice. Moi, en tant qu’homme, blanc, je ne vis pas d’injustice, mais c’est bien que les jeunes mettent ces réalités en avant ! ».

« Aujourd’hui on a l’impression que rien ne fonctionne parce qu’on n’est plus en phase avec les politiques et les règles de lois en France On a l’impression que la justice n’est plus égalitaire et sociale, il manque beaucoup de démocratie participative ! » Injustices, répartition des richesses, sexisme – « grâce à votre stand, je me rends compte que j’ai peut-être subi du sexisme au taff » – violences policières, mais aussi effet du « Covid, avec des injustices qui ont été encore plus révélées », dit Patrice, bénévole de la fédération nationale des centres sociaux… les constats, les analyses et des envies d’agir s’expriment.

                                                                                                               Photos : Amélie Heroux

Marie pense qu’il y « a énormément d’injustice, c’est de de pire en pire. Il faut changer la répartition des richesses, le fonctionnement de notre système ». Avec votre banquet, on se rend compte qu’il y a des graines qui sont semées pour changer ça ». Alexandra est d’accord : « le projet va changer certaines mentalités, avec vous, les jeunes qui voulez vous battre pour que ça s’arrête ». Kader aussi : « votre projet a un impact sur la prise de conscience des gens… ». Quentin aussi veut y croire, même si c’est compliqué : « rien n’est trop tard, mais je ne suis pas sûr que la société change en espérant que ça change ». Il faut agir. Et le Banquet citoyen est un premier pas pour cela. Rendre visible l’importance de la question, échanger et débattre des injustices et de justices, imaginer des pistes d’action qui associent élus, pouvoirs publics, associations, habitant.es : le banquet citoyen ouvre plein de possibles !

A midi, le banquet s’arrête. Il faut remballer. Les jeunes sont fier.e.s. Les animateur.rice.s qui les accompagnent aussi. Cet après-midi : temps libre ! Visite de la ville, du Mucem, du stade Vélodrome, parties de pétanque, on se détend, avant de se préparer, ce soir, pour la boum de fin de Réseau Jeunes !

 

Les reporters du Réseau Jeunes national

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JOUR 2

Deuxième journée sur l’île du Frioul, qui démarre par une météo tempétueuse.

Ce matin les jeunes ont débuté la préparation du banquet autour d’un jeu « le chapeau ». Maissan explique que « le jeu consistait à mettre en évidence les attentes et craintes des jeunes par rapport au banquet citoyen », ce parcours de la justice sociale qui prendra la forme de plusieurs animations dans l’espace public mardi 2 novembre. Des questions autour de l’organisation, de l’objectif, de ce que ça va produire mais aussi des craintes sur les réactions des passant.e.s ont permis d’être abordées lors de ce temps. Pour Mamadou, ces échanges étaient importants car ils ont permis de « préparer le Banquet de demain et de mieux comprendre le projet. »

Ensuite les jeunes ont pris connaissance des différents stands d’animation prévus le lendemain et ont pu se positionner sur un choix. L’après-midi, cette fois sous un beau soleil, direction les ateliers pour préparer son animation. Accueil, rabatteurs, petit déj débat, chamboule tout de la justice sociale, atelier enfants, plateau radio, porteurs de parole…et atelier journalisme avec six jeunes qui ont contribué à écrire cet article et vont jouer le rôle de reporters demain matin.

Toutes ces animations vont pouvoir permettre d’aborder sous diverses formes le sujet de la justice sociale : « c’est un sujet intéressant, sur lequel chacun peut donner un avis personnel, et essayer de comprendre l’avis de l’autre », explique Sofie.

Vu l’engagement et la mobilisation de tous les jeunes pour préparer la rencontre avec les habitant.es, on sent l’importance que revêt pour eux cet évènement. Monia confirme : « le réseau c’est un projet super enrichissant, qui permet de mettre en lumière la jeunesse et en relief la question de la justice sociale ».

Photos: Amélie Heroux

Une belle émulation qui promet un banquet citoyen riche et dynamique !

En fin de journée, un temps d’échanges entre quelques jeunes et des administateur.rice.s de centres et de fédérations a été l’occasion de questionner la place des jeunes dans les instances de décisions dans notre réseau (voir encadré ci-dessous)

Et une première pour un Réseau Jeunes : le tournage d’un clip de rap écrit par un jeune sur la question de la justice sociale ! A demain pour le Banquet Citoyen !!

 

Article écrit en collaboration avec Abdou, Mamadou, Maissan, Monia, Laounia, Sofie

La place des jeunes dans les CAs: un enjeu fort !

La journée est finie… enfin pas tout à fait. Une séance en option est proposée en fin d’après-midi : une rencontre entre des administrateur.rices de fédérations locales ou nationale et des jeunes. Cinq y participent, avec une quinzaine d’adultes. La question proposée : « quelle place pour les jeunes dans les centres sociaux, dans les fédérations ? ». L’échange est instructif… et pose rapidement le fossé entre jeunes et adultes autour du pilotage d’un centre social. Les jeunes sont pourtant plein de bonne volonté et d’envies de s’engager, « mais on se retrouve vite confronté à des CA longs, techniques, auxquels on ne comprend pas grand-chose », comme l’explique Jawan, jeune administratrice d’un centre social. « Au centre social, c’est un peu comme au collège, on nous dit vous avez votre place mais vous n’avez pas vraiment de poids », souligne Bessem. Tout autant plein de bonne volonté, les adultes décrivent, eux, l’envie d’associer des jeunes, mais posent souvent le constat d’une intégration de jeunes qui ne restent pas, qui ne s’y retrouvent pas. Une forme d’impuissance s’exprime.

Partons de nos pratiques, posent deux animateur.rices jeunesse, et donnons à voir à des jeunes de ce que sont et comment fonctionnent des centres sociaux : stages de 3eme, projets vacances, services civiques, comités de maison… Les jeunes soulignent d’ailleurs la qualité de la relation et du travail des animateur.rices jeunesse dont ils ont conscience qu’il est injuste qu’ils soient aussi mal payés. « Merci de nous faire confiance, vous nous aidez à prendre confiance, alors que vous êtes mal payés », affirme une jeune. Des espaces comme les réseaux jeunes aussi sont importants, « car une partie des jeunes, même si elle est minoritaire, va repartir en étant intéressés et avec une envie d’aller plus loin ». En fin de séquence, Jawan apporte peut-être une clé de compréhension et de réponse : « vous dites les jeunes comparés à des habitants lambda. Elle est là, la question : on est vus comme des jeunes et pas des habitants du quartier. Mais moi je suis habitante avant tout de mon quartier ! » Réfléchissons aussi chacun au sens de l’engagement, adulte, jeune…, qui peut passer par le CA, mais aussi par plein d’autres formes !

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JOUR 1

Réseau Jeunes 2021, c’est parti. Rendez-vous cette année sur l’ile du Frioul, à Marseille. Les protagonistes : 115 jeunes, 30 animateurs, 27 centres sociaux de partout en France. Et des administrateurs et administratrices nationaux et locaux. Et, après une arrivée hier sous la pluie, le vent, ce matin, le soleil est de la partie.

Après l’édition mouvementée l’an passé, cette année, les jeunes apportent leur pierre à la réflexion sur le thème du congrès des centres sociaux : la justice sociale. Sujet complexe ? Théorique ? Abstrait ? Loin de là, dès les premiers échanges en petits groupes autour du photo-langage, les jeunes partagent de nombreuses situations. Ecarts démesurés entre les plus riches et les plus pauvres, injustices liées à l’état de santé, au handicap, à l’orientation sexuelle, évocation du mouvement des gilets jaunes face au coût de l’essence… les inégalités se racontent. La conscience de la justice aussi. « On a vu, pendant le Covid, des gens qui pouvaient faire l’école avec des ordinateurs et d’autres non ». « Je suis en couple avec une fille, raconte une jeune. Il y a plein de discriminations envers les LGBTI en France et ailleurs, en Russie par exemple ». Devant une photo d’une CAF « on ne se rend pas compte, en France, on a les allocations familiales, on a un système de justice sociale, on a de la chance ». Des jeunes qui ne se connaissent pourtant racontent des histoires personnelles, des situations vécues d’injustices, souvent dures. Dans un climat de confiance spontané. Effets de la soirée d’interconnaissance de la veille, confiance dans le cadre posé par le Réseau Jeunes et les animateur.rices… tout cela contribue à cette parole libre et éclairée sur le thème.

Rapidement, les jeunes transforment cette parole spontanée en une forme artistique. En une heure, les groupes produisent ici une scène de théâtre, là une affiche, là encore des slams et raps… Résultat ? Une incroyable créativité. Du plaisir à jouer. Et des formes et messages plus forts les uns que les autres : représentation d’une balance inversée, intitulée « Et vous, pesez-vous dans la balance ? », présentation de scènes de discriminations dans un cadre « les cases de la société », fresques avec les mots liberté, égalité, fraternité, entretien d’embauche avec inégalité de traitement entre femmes et hommes … et un chant avec des couplets qui décrivent des injustices, discriminations et dont le refrain « justice, justice, on va se battre » est repris en chœur par l’assemblée… Si les injustices sont décrites, souvent, dans les propos des jeunes, c’est l’envie d’agir, de changer les choses qui clôt les présentations. Derrière les rires de certaines situations, les applaudissements nourris, beaucoup d’émotion et de sensibilité ressortent de ces instants. Et les jeunes prennent les clés de l’animation : « bon cette scène qu’on vient de jouer, comment vous l’analysez ? Où sont les injustices ? », « là on va vous jouer une scène de théâtre forum et vous pourrez intervenir pour changer la situation ».

Une petite séquence en fin de matinée, avec Olivier Noël, sociologue, aide à prendre un peu de recul autour des notions de démocratie, de justice et d’injustice, de reconnaissance de la réalité des injustices, d’expertise des premier.e.s concerné.e.s.

Pas de répit, dès le repas terminé, les groupes se retrouvent pour partager petites histoires et grandes histoires d’injustice et de justice. Moments intimes, là encore en confiance, les jeunes racontent une première colère, une victoire, des expériences de harcèlement ou discriminations à l’école, une injustice en famille, écho du réseau jeunes 2021… et les croisent avec des moments de grande histoire qui les ont marqués : attentats, coupe du monde, violences policières, mort de chanteurs et comédiens célèbres, black lives matter, le sort des ouighours, une conscience aiguë des injustices de ce monde.

En écho à ces histoires singulières mais qui font écho les unes aux autres, Olivier Noël propose à nouveau en fin d’après-midi un éclairage pour se projeter : qu’est-ce qui se passe après la reconnaissance du problème ? Quel est le projet de justice sociale qui permet d’écrire une histoire plus lumineuse, qui puisse donner lieu à des victoires » ?  Revenant sur plusieurs exemples cités par les jeune, liés à des faits passés : luttes pour égalité, démocratie, égalité femmes hommes… il insiste aussi sur l’importance du droit, même si beaucoup de défiance s’exprime envers les institutions. Citant Aimé Césaire,  « Une civilisation qui choisit de fermer les yeux à ses problèmes les plus cruciaux est une civilisation atteinte », il insiste sur le rôle que les jeunes ont à « contribuer à écrire une nouvelle page de la justice sociale et de la démocratie ».

Ce soir, après cette journée bien remplie, une soirée conviviale amplement méritée en mode « casino Halloween . A demain !

Une courte vidéo tiktok sur ce que la justice sociale évoque aux jeunes, en 2 mots: https://www.instagram.com/p/CVtWa3Jladi/

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