Décider ensemble, c’est possible au centre social Quartier Vitalité à Lyon

Cet article est extrait de C’est Possible ! n°12. Retrouvez le en intégralité ici : https://www.centres-sociaux.fr/ressources/decider-ensemble-cest-possible-magazine-cest-possible-n12-juin-aout-2019/

Depuis plusieurs années, le développement du pouvoir d’agir est un axe fort du mode de fonctionnement des centres sociaux. Mais comment se concrétise-t-il au sein des instances de gouvernance ? Quelles sont les conditions réelles pour que les habitants soient au coeur des décisions prises ? Quels rôles pour les professionnels ?

Eclairage au centre social Quartier Vitalité à Lyon !

« Dans cette maison, chacun a sa place », affirme Sylvain Paratte, directeur du centre social Quartier Vitalité à Lyon. Et, ici, le mot maison n’est pas à prendre à la légère. Comme beaucoup d’immeubles aux alentours, elle fut conçue à l’origine pour les Canuts (ouvriers de la soie) et dimensionnée pour contenir leurs imposants métiers à bras. On est en plein quartier des soyeux, comme on dit à Lyon, sur les pentes de la Croix-Rousse, dit la colline qui travaille. A ne pas confondre avec Fourvière, la colline qui prie. Bref, le passé est ouvrier et laborieux. Le présent en a gardé quelque chose. C’est en tout cas un quartier où les associations poussent comme des champignons et où la mixité est portée en étendard, comme une fierté. Et au centre social, on en a fait une marque de fabrique avec son corollaire : quelle place donne-t-on à chacun ? Le « chacun » a ici pour nom « bénévoles », « administrateurs » et « salariés ». Et quand le président de cette structure associative décide en 2014 de passer la main, après dix ans de bons et loyaux services et une maîtrise totale de tous les dossiers, l’occasion est donnée de mener une réflexion globale sur la gouvernance du centre social. Un chantier est alors lancé avec les administrateurs pour mieux rééquilibrer les pouvoirs, partager le travail et la charge qui va avec. Des fonctions de vice-président sont alors créées (l’une dédiée au projet social, l’autre à la gestion des ressources humaines), une fiche de poste pour le nouveau président est rédigé afin de clarifier son mandat… « Avant tout se décidait en bureau. La réorganisation a eu un impact positif sur le CA même si les sujets débattus et les enjeux sont de plus en plus techniques, rendant complexes les prises de décision. C’est le problème des grosses structures comme la nôtre », explique Sylvain Paratte. Pour autant, « la place laissée aux habitants est de plus en plus importante ; ils sont au centre du centre social », constate Elizabeth Faure-Brac, trésorière de la structure. Un exemple parmi d’autres : tous les quatre ans un diagnostic du quartier est élaboré à travers un questionnaire rempli par une cinquantaine d’habitants et le projet social en découle. Cette année, la priorité a été donnée à l’accès aux droits suite à l’enquête de terrain. « On travaille différemment aujourd’hui ; chacun apporte sa pierre à l’élaboration des projets du centre social », précise Elizabeth.   

Bref, l’état d’esprit est à la co-gestion. Et celle-ci peut prendre des formes très variées. Il en va ainsi des ateliers de français mis en place en 2012. Pendant un temps, les usagers, qu’ils soient primo-arrivants ou mamans maghrébines en France depuis trente ans, sont mélangés dans un seul groupe animé par trois bénévoles. On y fait de l’alphabétisation et du français langue étrangère (FLE). Mais la disparité des niveaux et des attentes des usagers met à mal le bon fonctionnement du groupe. Les bénévoles, qui se réunissent régulièrement, proposent alors de scinder le groupe en deux : alpha d’un côté, FLE de l’autre. Le centre social va accéder à leur demande et mettre en place la logistique ad hoc. De quoi souder le groupe et lancer une nouvelle dynamique. C’est le début d’une transformation des bénévoles qui ne viennent plus au centre social juste pour donner des cours de français mais pour participer à son fonctionnement. « Ca a ouvert un nouvel espace de décision autre que le CA au sein du centre social », constate le directeur. Et depuis, les idées fusent : rassembler les usagers par niveau en français, accompagner les mineurs isolés dans leur démarche par rapport à l’Education nationale… Le groupe de bénévoles est aujourd’hui composé de 18 personnes ; ils ont tous bénéficié de formations (culture politique, dominant/dominé) et ont été associés à la réflexion sur le projet social. Trois d’entre eux sont rentrés au CA. C’est le cas de Jacqueline Grell-Viera qui confie : « je me sens plus engagée dans le temps au sein du centre social et ça me permet de monter en compétences. J’inscris davantage l’action FLE dans le projet global du centre et dans le quartier. Ça a donné une plus grande dimension à mon bénévolat et cela permet de prendre du recul par rapport aux actions menées. On gagne en intelligence ». 

 

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