Brunch citoyen au bord de la Mayenne

Samedi 11 septembre, une trentaine d’habitants de Mayenne (53) se sont retrouvés pour débattre sur les injustices sociales, expérimenter divers outils d’expression et partager un moment convivial.

Il est 9 heures. Le soleil brille et l’équipe du centre social Les Possibles s’en réjouit. La météo n’est pas un détail quand l’on organise un banquet expérimental sur l’espace public, en l’occurrence les quais de la rivière la Mayenne qui traverse la ville éponyme. L’équipe se presse pour que tout soit prêt à 10 heures. Il faut dire que le programme est chargé. Durant 2h30, les personnes inscrites, mais aussi celles passant près de l’évènement s’y grefferont, débattront d’injustice sociale tout en partageant un brunch/apéro, mêlant sucré et salé, café et rosé. Elles partageront également des outils d’éducation populaire tels que les porteurs de parole, le jeu des privilèges, du photo-découpage, un world café… « Nos objectifs : se retrouver – c’est la première manifestation sur l’espace public depuis des mois -, organiser un évènement convivial tout en échangeant sur un thème sérieux, éveiller les consciences… », résume Christophe Doussin, directeur du centre social.

Besoin de se parler

À peine dispatchés sur quatre tables, la trentaine de participants commence par répondre à la question : « la dernière fois que vous avez été confrontés à une injustice sociale, c’est… ». Chacun écrit sa réponse sur un carton, accroché ensuite à des fils. Des thèmes comme la fiscalité, l’accueil d’enfants autistes, les victimes de violence intrafamiliale… sont évoqués. « Nous, on est relativement protégés », conclut un homme aux cheveux blancs. Deuxième exercice : définir collectivement l’injustice sociale via le collage d’articles de journaux, de photos, des dessins, l’écriture de phrases… le tout venant garnir une grande toile vierge. « C’est de l’intelligence collective alliée à de l’artistique », commente Christophe. Chaque table s’affaire, aidée par une animatrice qui conseille sur la méthodologie à adopter et l’organisation (par thème ou idée force) des différents éléments sur le tableau. Ainsi, une adhérente du centre social découpe un article sur J’accuse, le colle et y ajoute : « combien de personnes se lèvent contre l’injustice ? ». Ailleurs, c’est la baisse du pouvoir d’achat qui fait l’objet d’une sous-catégorie à côté du règne de l’argent, des discriminations liées au genre ou des inégalités en matière de santé… Partout, les échanges fusent sur les thèmes à privilégier ou les bons mots à employer : « le problème, ce n’est pas tant le manque d’égalité que le manque d’équité », précise l’une des participantes.

À la fin du temps imparti, chaque groupe présente son œuvre et la commente rapidement. Car le temps presse… deux autres exercices sont encore au programme : le jeu des privilèges – un jeu de rôle où chacun incarne un personnage (défini sur une carte via son âge, son genre, ses origines, son handicap, sa profession…) – et le world café. Sur les tables, du papier blanc a été scotché pour accueillir les idées des participants sur la lutte contre les injustices à l’échelle locale. En vrac, on peut lire « ouvrir un magasin Emmaüs en centre-ville », « développer l’accessibilité », « proposer plus de logements pour des petits budgets », « multiplier les lieux de rencontre »… Lucile, qui passait par là, s’est attablée avec son compagnon et sa petite fille. Tout en grignotant un bout de fromage, elle commente : « ce type d’initiative, c’est bien pour la ville. Les gens ont vraiment besoin de se parler ».

Bilan

Il n’est pas loin de 12h30, le temps de passer à l’apéro approche. Ici et là, on entend les premiers retours : « c’est important d’aborder le thème des injustices. Plus on est nombreux à en parler plus ça pourra faire bouger des lignes » ou « il y a des inégalités par rapport à la prise de parole. Aujourd’hui, c’est une journée pour que l’on puisse donner notre avis ». Christophe, lui, dresse un bilan positif de la matinée : « Il y a eu de la mixité entre adhérents et public lambda et des échanges. On était dans l’expérimentation, on tirera les enseignements pour organiser un grand banquet en 2022 ». La production récoltée via les différents outils (porteur de parole, etc.) sera utilisée dans le cadre du séminaire de capitalisation (30 sept – 1er octobre) et va en partie inspirer leur nouveau projet social…

 

Anne Dhoquois

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