Coopération européenne avec les centres sociaux : « développer le pouvoir d’agir des habitant.e.s localement et promouvoir la démocratie »

Par • 22 Mai, 2019 • Catégorie: , , , ,

La fédération nationale des centres sociaux est investie depuis plusieurs années dans un chantier de coopération européenne avec plusieurs partenaires (italien, hongrois, allemand, hollandais, suédois, belge…). Dans le cadre de plusieurs projets Erasmus +, les programmes d’échanges européens ont pour objectifs de renforcer l’action des centres sociaux en matière de développement du pouvoir d’agir des habitant.e.s et d’engagement des jeunes. 

Interviews de Dominique Garet, vice-président de la fédération nationale des centres sociaux, référent politique sur le chantier international et d’Adriana Persia, coordinatrice de projets à ARCS Arci Culture Solidali, partenaire italien sur nos programmes d’échanges européens. Il.elle nous expliquent en quoi ces programmes ouvrent des horizons, développent l’autonomie des personnes, et permettent une prise de conscience à l’échelle européenne. Une tâche non des moindres à l’approche des élections européennes !

 

-En quoi les programmes Erasmus pour les centres sociaux contribuent à renforcer le pouvoir d’agir des habitant.e.s ?

 Dominique Garet : Pour les participant.e.s à ces échanges, cela permet de se rendre compte qu’on partage un socle commun de valeurs avec plusieurs pays d’Europe même si nos façons d’agir diffèrent. Cela évite de se sentir uniquement « franco français ». Ça ouvre le champ d’actions pour les habitant.e.s. Par exemple, en Angleterre, ils ne vont pas se limiter à des considérations marchandes. Si ça fait sens dans leur projet, ils vont y aller et s’investir dans des logiques financières sur lesquelles on serait frileux en France. A Liège, on retrouve la dimension éducation populaire au sens profond du terme, qui conduit des gens à être militants dans leur quartier. De plus, quand on découvre des cultures différentes, par effet miroir, on nous renvoie les atouts que nous avons alors qu’on a surtout tendance à voir nos faiblesses.

Adriana Persia : A ARCS Arci Culture Solidali, nous travaillons sur des projets internationaux depuis 1985, sur différentes thématiques mais avec le même fil rouge : développer le pouvoir d’agir des habitant.e.s localement et promouvoir la démocratie à travers toutes formes de citoyenneté active et l’engagement des organisations de la société civile.

J’ai travaillé avec de nombreux jeunes qui ont construit des projets de partenariats avec d’autres jeunes en Europe, et qui ont pris conscience que les frontières ne sont pas des murs mais devraient plutôt être des ponts. Une expérience comme ça a un impact important sur une personne en termes de compréhension personnelle et politique. C’est quelque chose d’intangible mais très profond.

Ce type de projets développe l’autonomie et l’autodétermination des personnes qui participent à ces échanges. De plus, les échanges européens permettent de se sentir plus proche des autres,  de créer un sentiment d’appartenance à une communauté transnationale, de réaliser qu’on peut rencontrer les même problèmes et défis que d’autres personnes à l’autre bout du globe, et ainsi donner la possibilité de revendiquer plus fortement – et collectivement – ses droits.

– Comment ces programmes font lien avec des valeurs défendues par nos structures ?

D.G. : On conçoit et on prépare les programmes d’échanges Erasmus + autour des valeurs de justice sociale, de démocratie, d’ouverture, de pluralisme… L’idée c’est d’aller découvrir comment on pratique le développement du pouvoir d’agir des personnes dans différents pays européens. Il y a des grandes valeurs européennes autour de la découverte de l’autre et les programmes Erasmus + avec les centres sociaux sont justement faits pour que le plus grand nombre parte. Même la question de la langue n’est pas en soi un obstacle, elle peut même devenir une opportunité de coopération et d’entraide dans un groupe.

Sur place, quand on va dans des pays qui ont supposément un fonctionnement de démocratie représentative mais dont les valeurs sont menacées, comme en Hongrie ou en Pologne, et qu’on rencontre des défenseurs de ces valeurs c’est fort. On prend conscience de plein de choses et notamment comment on fait bouger les lignes pour défendre ces valeurs.

A.P. : Que ce soit sur de la coopération internationale, de l’aide humanitaire, ou de l’éducation à la citoyenneté, les actions d’ARCS visent toujours la participation des habitant.e.s et le développement de leur pouvoir d’agir. Nous construisons des partenariats afin de lutter contre le racisme et les inégalités et agir pour le respect des droits humains et plus de justice sociale. En se basant sur ces valeurs, qui sont celles défendues par l’Union Européenne à travers ces programmes d’échanges, nous essayons de construire une communauté solidaire, avec nos partenaires. Ces programmes peuvent être le moyen de créer des réseaux de personnes et d’associations qui partagent les mêmes idées à propos de ce à quoi l’Europe et nos sociétés devraient ressembler. L’adhésion à l’IFS, le réseau international de centres sociaux, donne la possibilité de faire porter efficacement notre voix sur la scène internationale.

  Dans un contexte de crises démocratiques en Europe, comment fait-on vivre la question de la démocratie dans cette coopération ?

D.G. : Pendant ces échanges, les participant.e.s rencontrent des citoyen.ne.s qui parlent de choses très concrètes sur leur quotidien. On partage réellement leur vision et analyse de la démocratie. En Hongrie, nos homologues sont menacés par des restrictions économiques car ils ne peuvent plus avoir de soutien financier venant de l’extérieur. La démocratie est clairement menacée. On appréhende presque directement la manière dont les choses se passent dans ces pays européens. L’approche de l’information est plus sensible car les gens témoignent directement des situations dans lesquelles ils sont et on voit des modes d’actions différents selon les pays. Et dans la manière dont fonctionnent les groupes de pilotage des projets Erasmus +, composé de multiples partenaires de différents pays, c’est déjà un apprentissage démocratique : on parle une langue différente, on agit différemment mais on vérifie qu’on s’est compris et on arrive à une prise de décision commune.

A.P. : La crise de la démocratie en Europe est une question complexe, liée à de nombreux facteurs qui s’entrecroisent (inégalités croissantes, corruption, difficultés d’adaptation aux impacts technologiques, peur de l’immigration et des changements culturels, crise économique…) et qui se jouent différemment selon les pays. On remarque – en tant qu’association – les effets de cette crise dans la vie quotidienne des gens et sur les territoires. Comme par exemple : la montée de la colère envers les migrants, la hausse des inégalités, l’absence d’appartenance à une communauté,  le désintérêt de la vie politique… 

Avec les programmes Erasmus +, on essaye d’aller dans la direction opposée. On essaye de provoquer la rencontre avec les gens – surtout les plus jeunes – et les échanges sur les droits humains ou la solidarité. On leur donne les outils, par l’éducation populaire, pour mieux comprendre le monde et apporter du changement. On travaille sur la pédagogie et la formation continue avec des chercheurs et les collègues des différents pays, et les habitant.e.s directement impliqué.e.s dans ces projets. On permet aux gens de franchir les frontières physiques en même temps que les frontières virtuelles, pour dépasser les stéréotypes qui amènent aux discriminations et à la haine, et ainsi révéler le potentiel et la beauté de chaque être humain.

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