« Animer la démocratie sur le territoire » : la mission du centre social de Coulounieix-Chamiers

Par • 7 Déc, 2018 • Catégorie: Accueil, Brèves
Nils Fouchier est directeur du centre social associatif Saint Exupery de Coulounieix-Chamiers dans la banlieue de Périgueux. Le centre social accompagne et anime le conseil citoyen situé sur le quartier en politique de la ville depuis 2014. Il nous explique comment cet accompagnement sert à la fois le centre social et le conseil citoyen.

Par Anouk Cohen (anouk.cohen@centres-sociaux.fr)

Avant même la Loi Lamy, le centre social Saint Exupery de Coulounieix-Chamiers accompagnait déjà des habitants sur l’amélioration de leur cadre de vie. Le centre social étant ancré sur le quartier politique de la ville et son cœur de métier consistant à développer le pouvoir d’agir des habitants, la commune les a sollicité pour accompagner la mise en place du conseil citoyen et jouer le rôle d’animateur. «Travailler avec le conseil citoyen permet d’avoir une ligne directe avec les habitants, explique Nils Fouchier, directeur du centre social. Ça nous permet non pas d’avoir un mais deux pieds dans le quartier. C’est aussi bénéfique pour notre projet associatif. »

Pour le centre social, les avantages ne s’arrêtent pas là : « on anime la question de la démocratie sur notre territoire et ça passe justement par provoquer la rencontre entre la démocratie participative et représentative. Nous on joue un rôle de filtre quand on parle aux élus et pareillement on filtre quand on rapporte les choses au conseil citoyen. Certains élus voient d’un mauvais œil la démocratie participative et certains habitants ne comprennent pas que les élus ne prennent pas les décisions qu’ils auraient pris eux. Là le conseil citoyen est dans l’aide à la décision, c’est quelque chose de nouveau. »

UN ROLE DE FACILITATEUR

Nils Fouchier dit éviter d’être dans la « médiation » pour ne pas se retrouver entre le « marteau et l’enclume. » Le rôle du centre social est plutôt celui d’un facilitateur, de multiplier les temps de rencontres et de discussions. Et c’est parfois conflictuel. « En fait souvent ce ne sont pas les élus qui posent le plus de problèmes. Ce sont plutôt les chargés de mission ou cadres des collectivités territoriales. Ils ne sont pas sensibles à la démocratie participative, ils connaissent mal le concept. Les élus sont souvent de bonne volonté pour une raison simple : ils jouent leur pérennité électorale ; alors que les techniciens pas du tout. »

Le directeur pointe également une difficulté de positionnement. « On peut se trouver juge et parti. Les conseillers citoyens participent aux comités de pilotage sur le renouvellement urbain ou la politique de la ville, et dans ces réunions lorsque le centre social est évoqué on peut accuser le conseil citoyen d’être partial, toujours en faveur du centre social. Du coup, on ne travaille pas en amont cette partie-là avec les conseillers, on le délègue au chargé de mission politique de la ville. »

Le centre social Saint Exupéry veille à ce que le conseil citoyen soit très représentatif du quartier – le collège habitant représentent 15 personnes sur 18 conseillers. Il s’applique également à ce qu’il puisse se concentrer sur l’essentiel en leur retirant toutes contraintes matérielles et administratives (trouver un local, écrire les compte rendus…). Deux éléments qui contribuent au dynamisme du conseil citoyen de Coulounieix-Chamiers. « Je pense qu’ici ça marche parce qu’il y a le centre social et qu’il respecte le concept du pouvoir d’agir des habitants. L’animatrice est dans cette dynamique-là, elle aide au choix mais sur le terrain c’est les conseillers citoyens qui interviennent. Puis le fait qu’une grande majorité soit issue du collège habitants ça aide car c’est plus difficile quand il y a des prises de pouvoir par des présidents d’associations. Ça marche aussi parce que les élus nous laissent travailler, même si parfois ça les agace. »

ACCOMPAGNER A L’AUTONOMIE

Un des objectifs du centre social c’est de « travailler à la propre destruction de son utilité professionnelle, » comme le pose Nils Fouchier. L’accompagnement à l’autonomie est un processus long mais qui portent ses fruits. « Tout est parti de questionnaires et de marches exploratoires sur l’idée des conseillers citoyens. Il y a 4 ans, ils faisaient du porte à porte pour expliquer qui ils sont. Certains n’osaient pas trop s’exprimer. Aujourd’hui il y en a qui préparent leur discours aux élus seuls. »

Le centre social adopte une « politique des petits pas » : tous les 6 mois, des actions concrètes avancent pour que les conseillers continuent à se sentir utiles. En ce moment, ils planchent sur une cartographie du quartier pour identifier les incivilités. Ils travaillent avec des artistes BDs qui auront pour mission de les mettre en dessin.

Et pour la suite ? « On va intégrer le réseau des tables de quartier mais ça ne remplacera pas le conseil citoyen : la table de quartier est l’antichambre du conseil citoyen, ils sont très complémentaires. Mais effectivement on réfléchit déjà à comment pérenniser le collectif d’habitants, pour aller plus loin que le concept conseil citoyen. On a même commencé à parler de régie de quartier. Le centre social est aussi là pour ça : c’est un ‘faiseur d’acteurs’ »

> Un article à retrouver sur conseilscitoyens.fr

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