Les Tables de quartier : une forme renouvelée de démocratie participative

Par • 23 Sep, 2018 • Catégorie: Accueil, Actualités, Brèves, Compte-rendus, Evénements, Rencontres-débats, Séminaires

4 ans après le lancement des Tables de quartier, quel regard portent les acteurs qui les sont impliqués et ceux qui en ont soutenu l’émergence ? Quel bilan en tirer ? Quelles perspectives imaginer ? Les 120 participants à la rencontre de restitution de l’expérimentation des Tables quartier, ce vendredi 21 septembre, ont partagé leurs expériences, leurs victoires. Leurs désillusions aussi parfois. Leur fierté surtout.

Mais d’abord, retour en arrière. En 2014, la FCSF et la coordination nationale Pas sans Nous décident d’expérimenter, avec le soutien du CGET,  une proposition issue du rapport Mechmache-Bacqué sur la politique de la ville : la mise en place de tables de quartier. L’idée ? Aux côtés des instances de participation existantes, développer sur 12 sites une nouvelle forme de participation, portée et animée directement par des habitants et associations autour des enjeux de leur quartier. La promesse d’un autre exercice de la démocratie participative, en somme.

Une définition des Tables de quartier

« Les Tables de quartier sont des espaces citoyens qui réunissent associations et/ou habitants mobilisés à l’échelle du quartier. Leur but est de mener des actions collectives permettant l’amélioration des conditions de vie dans le quartier, à partir d’enjeux, préoccupations et envies d’agir soulevés par les habitants. Il peut s’agir de solutions construites par les habitants eux-mêmes ou de démarches d’interpellation ». Extrait de la publication Les tables de quartier, retour sur 3 ans d’expérimentation

 

Des habitants, véritablement acteurs de leur quartier

Dès le début de la journée, cela saute aux yeux. Un des premiers enseignements de cette expérimentation est que les habitants qui s’y sont impliqués ont changé de stature. Aujourd’hui, ils osent. Prendre la parole en public. Argumenter. Interpeller. Se considérer comme légitimes pour participer à ce qui touche à leur quotidien. Le changement se produit dans des dimensions individuelles et collectives. Amina Khemiri, de la Table de Nimes Pissevin, en témoignent en ouverture de la rencontre : « Ces tables de quartiers nous ont permis à nous, habitants, de prendre conscience des possibilités que nous avons de prendre une part plus active à la vie de notre quartier. Grâce à cet outil, nous avons évolué, nous sommes montés en compétence. Des compétences qui nous ont donné la chance de pouvoir nous asseoir à la table des instances et discuter des choses qui nous concernent ». Pas de modèle ou d’objets de travail pré-établis. Dans les Tables, les habitants décident de ce sur quoi ils veulent agir, réfléchir, faire bouger les choses. Faire ré-ouvrir le dernier supermarché du quartier qui vient de fermer. Ré-animer une vie de quartier. Se mobiliser contre le déplacement d’arrêts de bus qui prive un quartier de moyens de transports.

Préserver les arrêts de bus à Nîmes

Avec la redéfinition du réseau des transports en commun de Nîmes Métropole, plusieurs associations et habitants se sont rendus compte de la suppression de 7 arrêts de bus sur 11 présents dans le quartier, ce qui discrimine, handicape et isole encore plus le quartier de Pissevin. La Table de quartier a donc mené une campagne de sensibilisation et de mobilisation, organisé plusieurs moments d’échange avec la Métropole afin de trouver une solution. Conclusion : 4 arrêts sur 7 supprimés ont été récupérés. Une victoire en demi-teinte…

 

Des difficultés cristallisées autour de la relation élus et citoyens

Force de mobilisation et d’interpellation collective, la Table de quartier se situe toujours, à un moment donné, dans des situations tendues avec la collectivité et les élus. Si la démocratie participative est une vigie, elle réinterroge aussi la notion de pouvoir. La plupart des Tables témoignent ainsi de la difficile relation aux élus locaux qui craignent, par cette place dans le débat public de perdre du pouvoir. « Les rapports de force peuvent être nécessaires pour interpeller, être entendu. Ils sont  utiles au service du bien commun », rappelle Mohamed Mechmache, président de la coordination Pas sans Nous. Rapports de force, exercice d’une démocratie conflictuelle, mais aussi violence institutionnelle, assignation à identités… les échanges de la journée mettent en lumière toute la complexité de cette forme de participation, pourtant « la plus aboutie à ce jour en France, très certainement », affirme Julien Talpin, sociologue.

« Les Tables mettent en évidence la complexité des relations locales avec les élus, souligne Claudie Miller, présidente de la FCSF. L’État est interpellé dans les échanges aujourd’hui dans son rôle d’arbitre, de garant. Mais c’est partout, et ensemble qu’il nous faut continuer à avoir des espaces de travail comme ceux-ci et voir comment on peut influer sur la vision des élus locaux de la place des citoyens dans les territoires ».

Légitimation ou institutionnalisation ?

Aux côtés d’autres instances de participation locale (conseils citoyens, conseils de quartier), la Table a souvent du mal à trouver sa place. Pourtant, l’expérimentation met en évidence que ces instances peuvent être complémentaires, toutes au service de la reconnaissance de l’expertise et la place du citoyen dans le débat local. Encore plus dans un contexte où la participation des habitants apparaît être difficile à concrétiser. Mais face aux discours impuissants ou découragés d’acteurs publics, la Table de quartier peut être une illustration d’une approche de mobilisation différente. « Ce n’est pas parce qu’on ouvre des espaces de participation que les habitants viennent. Il s’agit vraiment de partir des personnes et non de l’instance. La mobilisation est difficile : découragement, manque d’intérêt, manque de confiance… Il y a un parcours des personnes que nous pouvons accompagner pour qu’elles se réapproprient leur environnement, qu’elles prennent confiance. Une table de quartier doit vraiment être un outil, pas un modèle, au service des habitants », pose Claudie Miller. L’enjeu est donc moins, de l’avis de tous – dont le représentant du CGET, d’institutionnaliser les Tables de quartier que de les légitimer localement.

Et demain ?

Comment alors continuer à développer cet outil qui, in fine doit contribuer à un moment, à réconcilier les citoyens et les élus ? A passer de la défiance à une confiance réciproque ? Il y a, bien sûr, l’enjeu fondamental à ce que le soutien de l’État lors de l’expérimentation, se poursuive. La structuration d’un réseau des Tables apparaît aussi importante. Pour cela, l’accompagnement par la FCSF et la coordination Pas sans Nous doivent se poursuivre. « L’expérimentation a aussi été riche, souligne Jérémy Louis, doctorant, qui a accompagné l’expérimentation, par les alliances inter-associatives au niveau local et national, entre la FCSF et PSN, autour d’un objectif commun, malgré des approches différentes ». Mais ce réseau doit aussi pouvoir porter sa propre voix, exister en tant que tel. L’enjeu est de taille. Mais la force de l’engagement des habitants porteurs des Tables l’est autant. Au sortir de la journée, une habitante marseillaise raconte : « Il y a des mots qui m’ont semblé un peu compliqués, mais je vais les décrypter. Moi habitante je suis bien en capacité de porter la Table auprès d’autres habitants et de les ramener autour de la Table, alors…».

 

Retrouvez toutes les ressources produites à l’occasion de la rencontre à partir de cet article : Le plein de ressources sur les Tables de quartier

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