« Une place pour tous ! » : la lutte contre les inégalités commence dans les crèches à l’Espace 19

Par • 29 Août, 2018 • Catégorie: Centres sociaux, Île-de-France, Reportages, Témoignages, Vie du réseau

« La lutte contre les inégalités commence dans les crèches. » Tel a été intitulé le rapport du think tank Terra Nova sorti en 2014. Parmi les rédacteurs du rapport, Olivier Noblecourt, aujourd’hui délégué interministériel à la prévention et à la lutte contre la pauvreté des enfants et des jeunes, et chargé de remettre au gouvernement le plan « anti pauvreté » qui sera présenté en septembre.

Les équipes d’Espace 19, centre social et culturel situé dans le 19ème arrondissement de Paris, n’ont pas attendu la sortie de ce rapport pour proposer des solutions de gardes aux parents défavorisés tout en travaillant sur leur insertion sociale et professionnelle. Leur démarche « une place pour tous » est une approche globale développée depuis une dizaine d’années au sein des structures petite enfance d’Espace 19, association regroupant 3 centres sociaux dans lesquels se trouvent une crèche et/ou une halte-garderie. Le projet vise à combattre la pauvreté et les inégalités en favorisant l’accès à la culture, l’acquisition du langage, la préparation à l’entrée à l’école maternelle, l’accompagnement à la parentalité et l’aide à l’insertion sociale et professionnelle des parents.

LA CRECHE, POUR TOUS

« Nous sommes dans un quartier où il y a beaucoup de familles en situation de précarité, explique Vincent Mermet, directeur d’Espace 19. Sur nos lieux d’accueil il y a entre 60 et 70%  de familles pauvres. 20% des parents sont orientés par les travailleurs sociaux. On ne pouvait pas rester les bras croisés. Nous militons pour une place en crèche pour tous les enfants, que les parents aient un travail ou non, pour qu’ils puissent avoir du temps pour eux pour entamer des démarches, suivre une formation, chercher un emploi… » Espace 19 a mis en place des accueils petite enfance très flexibles, avec des contrats modulables pour les familles. Ainsi, les parents peuvent changer de contrats plusieurs fois par an selon leur situation (par exemple une période de chômage suivie d’une période de formation, suivie d’un travail en intérim puis de nouveau d’une période de chômage…). 252 enfants ont été accueillis en 2017 dans l’ensemble des 3 structures et environ 80 familles ont bénéficié de ces contrats modulables pour favoriser le maintien ou l’entrée dans l’emploi ou la formation. Grâce à leur place en crèche, 62 personnes ont pu accepter ou garder un emploi ; 67 ont pu accéder à une formation.

« Ces modes de garde collectif permettent aussi de lutter contre les inégalités car les enfants de milieu défavorisé ne vivent souvent pas dans l’environnement le plus idéal pour leur développement, détaille Vincent Mermet. Pour la motricité, par exemple c’est important car beaucoup vivent dans des petits espaces. De même pour l’apprentissage de la langue pour les enfants dont les parents ne parlent pas français.. On travaille aussi sur l’éveil culturel et artistique, l’offre est très riche à Paris mais malgré la gratuité de certains lieux, les familles ayant peu de ressources ne vont pas avoir le réflexe d’amener leurs enfants à la Villette ou au 104. »

UN ACCOMPAGNEMENT SOCIAL ET PARENTAL

Au-delà d’un mode de garde de qualité bénéfique aux parents et aux enfants, les responsables de crèche ont développé une écoute attentive des parents et des moyens pour répondre à leurs difficultés tant sociales que familiales. Ainsi, les familles peuvent bénéficier des services d’accès aux droits en interne mais aussi être orientées vers des services extérieurs partenaires. Le pôle santé, créé en 2009, propose des ateliers collectifs, en partenariat avec des médecins et des PMI, sur les maladies infantiles, l’alimentation et la prévention des risques liés aux écrans.

« Des actions de préparation à l’entrée à l’école maternelle sont aussi organisées avec des visites des écoles du quartier et des rencontres entre parents de la crèche et des associations pour répondre aux questions et aux appréhensions sur l’école maternelle, développe le directeur d’Espace 19. Toutes ces actions forment un tout et constituent des leviers hyper puissants de remise en confiance des personnes et de création de liens sociaux. Et malgré un taux important de familles pauvres sur nos structures petite enfance, c’est aussi un vrai lieu de mixité et de convivialité qui favorise les liens entre enfants et parents de milieux différents. »

Depuis octobre 2017, la crèche de l’Espace 19 Riquet a été labélisée « crèche à vocation d’insertion professionnelle » par la CAF, le ministère en charge de la petite enfance et Pôle Emploi. « C’est une reconnaissance de notre travail, » affirme Vincent Mermet. Surtout dans un contexte économique parfois tendu où les financements publics sont peu pérennes. « Mais finalement la plus belle reconnaissance ça ne sont pas tant les résultats chiffrés mais les témoignages et le bonheur des parents lorsqu’elles trouvent une formation ou un emploi. Le principal impact, non chiffrable, je pense que c’est la reprise de confiance en soi. Et quand on voit le chemin parcouru par certaines familles, qui partent de rien, sont isolées et font face à pléthore de problèmes et qui arrivent à trouver un logement, à apprendre le français, à trouver une formation ou un travail, c’est vraiment fort. »

« Lorsque je me suis inscrite à pôle emploi et que j’ai trouvé une formation, je n’avais pas de place en crèche. J’avais des amis qui m’ont parlé de l’Espace, de comment ça se passe… Et du coup je suis venue à l’accueil et ils m’ont mise en contact avec la responsable de la crèche. Aussitôt je lui ai expliqué la situation et elle m’a dit : « Ecoutez, je vous rappelle dans les 24 heures ! » J’ai dit d’accord et je suis rentrée chez moi. A peine arrivée à la maison elle m’a appelé et elle m’a dit : « J’ai de la place pour tes deux filles, Ouma et Founé ». Je lui ai dit : c’est génial ! Mes filles ont commencé la crèche et moi j’ai commencé ma formation d’hôtesse de vente dans la distribution. Suite à ça, j’ai fait une deuxième formation : c’était celle pour le diplôme, elle était de trois mois. J’ai eu mon diplôme, et tout ça, c’est grâce à l’Espace 19 parce que s’ils n’avaient pas trouvé de place pour mes enfants je n’aurais pas pu faire la formation. »

 

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