Au revoir François !

Par • 8 Sep, 2017 • Catégorie: Actualités, Zoom sur

Après près de dix ans de bons et loyaux services en tant que délégué général de la FCSF, François Vercoutère quitte ses fonctions pour de nouveaux horizons. Il quitte la rue Montcalm à Paris pour aller œuvrer du côté de Valence. Pour le  magazine C’est possible !, il revient sur son parcours de 35 ans au sein du réseau des centres sociaux, d’animateur dans un centre social à directeur, de délégué régional à délégué général à la FCSF. L’occasion de lui souhaiter une bonne route pour la suite de ses aventures !

« Quand François Vercoutère égraine son parcours, ce qui frappe d’abord, c’est la précision des informations : il semble n’avoir rien oublié ni des dates (au jour près) de ses différentes prises de fonction ni ce qui a motivé chacun de ses choix. Quand François évoque sa vie professionnelle, c’est comme s’il traçait une ligne dans le temps droite et précise. Logique… ou presque. Certes, il y a les aléas de la vie, les rencontres, les opportunités. Mais les valeurs sont là, reçues en héritage, et le désir d’engagement inhérent à son identité. « Mes parents étaient des militants mais j’ai très vite mené mes propres expériences : la culture de l’éducation populaire, je suis tombé dedans dès l’âge de 8 ans quand j’ai intégré les scouts. Ma conviction, c’est que chacun peut mener son parcours, se construire et s’émanciper, le tout dans des dynamiques collectives », expose François.

Bon élève, il n’a pas envie de s’éterniser dans de longues études et opte pour le métier d’infirmier. Il obtiendra son diplôme en novembre 1982… pour ne jamais réellement exercer. Le destin ou la logique en décidera autrement : il effectue son stage dans un centre social de Reims et, dit-il, « j’ai sympathisé avec le directeur ». Outre la rencontre, la greffe entre la structure et le jeune François prend immédiatement. Il raconte : « avant mon stage, je ne connaissais pas du tout les centres sociaux. J’ai découvert l’outil mais aussi des personnes attachantes, des bénévoles engagés. Ça m’a donné envie d’y repasser régulièrement ». Une fidélité dont il sera récompensé : un poste d’animateur enfance et familles est créé et le directeur lui propose de postuler. Il sera engagé. Sa carrière dans les centres sociaux est lancée.

De Reims à Paris

A Reims, François a en charge l’accompagnement scolaire, la direction du centre de loisirs et l’animation d’un journal de quartier. Il y restera huit ans moins deux : le temps nécessaire à effectuer son service civil en tant qu’objecteur de conscience chez les Scouts de France. C’est également à cette époque qu’il se marie et devient père de famille. Alors, quand on vient lui proposer de devenir directeur d’un centre social à Valence, il accepte sans hésiter : « c’était le bon moment pour sauter le pas et se poser ailleurs », confie-t-il. Le centre social se situe dans le quartier « politique de la ville » Fontbarlettes, une découverte pour François Vercoutère qui doit faire face à plusieurs défis. « Depuis la marche des beurs en 1983, j’ai été sensibilisé à la question de l’immigration et à la richesse que la diversité peut apporter à la société française. Etre en poste dans un quartier populaire me donnait l’occasion d’agir dans ce domaine. Ensuite, c’était un centre social municipal sans bénévoles. Dès mon arrivée, ma priorité a été de développer la participation des habitants », explique-t-il. Et ça marche : sous l’impulsion de la nouvelle direction, des systèmes d’entraide sont créés dans le quartier ainsi que des réseaux de jeunes bénévoles, un restaurant associatif… « Quand j’ai démarré ma vie professionnelle, mes convictions étaient d’ordre éducatives, commente François. Peu à peu ma conscience politique s’est étoffée et j’ai acquis la certitude que l’on peut agir sur le monde et aider à sa transformation ».

Malgré de bons retours du terrain, François est vite pris entre deux feux : le refus de la mairie de voir le centre social s’autonomiser et devenir une association d’un côté et de l’autre des conflits répétés avec certains jeunes du quartier. Une situation épuisante qui va inciter François à accepter la nouvelle opportunité qui s’offre à lui : devenir délégué adjoint – puis délégué – de l’Union régionale Rhône-Alpes.

Autre poste autre défi : accompagner la création des fédérations de la Drôme, de l’Ain et des deux Savoie. « Ce fut un travail passionnant, se souvient-il. Il fallait repérer la culture propre à chaque territoire et s’adapter, être à l’écoute du réseau, créer des envies de travailler ensemble entre anciennes et nouvelles fédérations ». Mais là encore, la dynamique finit par s’épuiser… pour une toute autre raison que lors des expériences précédentes. « J’ai un jour constaté que j’incarnais l’Union régionale, ce qui gênait l’action collective. Il fallait rebattre les cartes et dépersonnaliser la fonction, condition indispensable à la bonne marche de la démocratie », explique François Vercoutère.

« Ma conviction, c’est que chacun peut mener son parcours, se construire et s’émanciper, le tout dans des dynamiques collectives ».

L’occasion lui est alors donnée de mener une nouvelle expérience, dans le privé cette fois-ci. Nous sommes en 2006 et après vingt-quatre ans passés dans le réseau, François devient salarié d’un groupement d’insertion – le groupe Archer, situé à Romans – avec pour objectif de créer une coopérative d’activité et d’emploi. « J’ai accueilli des chômeurs, inventé avec eux des projets… Ca m’a donné un sentiment d’utilité et une occasion de mettre à profit mes compétences : organiser des synergies entre des partenaires sociaux et économiques. Développer et animer de la coopération, on en a besoin dans tous les secteurs de la société », affirme François. Une expérience riche et instructive… mais qui ne va durer que deux ans : la fédération nationale des centres sociaux le sollicite en 2007 pour qu’il devienne son délégué général. La famille Vercoutère – sa femme médecin et ses trois fils – ayant déménagé à Reims, la décision est plus simple à prendre : ce sera oui. « Ma vision, explique François, c’est que la fédération doit marcher sur deux jambes : être à la fois un lieu d’échanges d’un réseau de structures instituées mais aussi un mouvement citoyen. Nous ne faisions rien de notre capacité à développer le pouvoir d’agir chez les gens : aucune parole collective, aucune revendication par rapport aux décisions politiques n’émanait de notre réseau. Nous avons progressé sur ce deuxième aspect, notamment depuis le congrès de 2013 ». Là encore la dynamique est lancée et elle porte ses fruits : la création du réseau jeunes en est un bon exemple. Mais le changement prend son temps et accélérer la cadence ne sert à rien : « J’ai appris la patience. Dans une posture d’accompagnement, il faut grandir au rythme des gens », expose François.

Fin de partie

Après neuf ans de bons et loyaux services, François Vercoutère va quitter ses fonctions et vivre de nouvelles aventures – dont il ne dit mot – hors du réseau. Sur son action à la tête de la fédération nationale, il jette un regard empreint de fierté, mais pas seulement : « J’ai milité pour que les professionnels ne se positionnent pas comme des bonnes locomotives mais comme des accoucheurs de dynamique collective. Et je suis fier aujourd’hui de ce changement de postures. Ce qui me laisse insatisfait, c’est que l’on continue de passer à côté de la puissance du réseau. On ne progresse pas assez vite sur nos capacités de coopération inter-centres et inter-fédérations ». Pas de quoi pour autant générer de l’aigreur et de la frustration ; son attachement au réseau est du reste intact. Il conclut : « C’est le peuple qui invente son avenir et les solutions aux problèmes du monde. Les centres sociaux sont des lieux d’inventions possibles d’une société plus juste et plus tolérante ».

Portrait réalisé par Anne Dhoquois. 


Retrouvez le portrait de François dans son intégralité ici et dans le numéro 8 (Septembre-Novembre) du magazine C’est possible ! qui vient de sortir. 

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Retrouvez également le discours prononcé par François Vercoutère à l’approche de son départ lors de l’assemblée générale de Voguë, en vidéo ci-dessous et en version texte ici:

 

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