A la recherche de l’animation globale (HS) : et si on s’organisait ?

Par • 29 Mai, 2012 • Catégorie: A la recherche de l'animation globale, Accueil, Actualités, Zoom sur

Depuis mars 2011, la Fédération des centres sociaux et socio-culturels de France (FCSF) bénéficie de l’agrément permettant à ses adhérents d’accueillir des volontaires en service civique. Dans ce cadre-là, la FCSF accueille elle-même depuis octobre 2011 et jusqu’en juillet 2012 Nicolas de Neef, 25 ans, à qui nous avons demandé de jouer le rôle du « candide » pour une série de reportages sur les centres sociaux, vus par des yeux neufs, en espérant que le miroir ainsi tendu sera aussi intéressant pour lui, pour nous et pour vous. Bonne lecture!

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Il est des haltes qu’on imagine pas au premier abord dans un chemin. Sur mon trajet vers la fuyante animation globale, j’ai rencontré à Vaulx-en-Velin son cousin d’Amérique, le « community organizing ». Mi-mars, trois jours de colloque étaient programmés par l’ENTPE et le collectif Pouvoir d’agir dans l’agglomération lyonnaise. Au menu de ce grand rassemblement tenu sur le campus de l’école, développement de la capacitation citoyenne, synergie communautaire, coordination d’actions citoyennes, conférences, interventions, ateliers… Bref, un ramassé non-exhaustif de l’action sociale française confronté aux théories anglo-saxonnes d’un courant de pensée qui nous (les centres sociaux), nous rappelle furieusement quelque chose.

Comme un air de déjà vu

Les deux premiers jours furent dédiés à la théorie pure avec les conférences de nombreux théoriciens du « community organizing », mettant en lumière les ancrages idéologiques comme les difficultés de traduction ou de définition du concept. Comme d’autres (suivez mon regard…), il semble bien qu’on perçoive, qu’on pressente ces réalités plus nettement qu’on ne les définit. Raison pour laquelle les différents intervenants qui se succèderont à la tribune multiplieront les exemples d’actions, menées ou observées par eux, afin que nous nous imprégnions de l’anglicisme.

Dans l’assistance, les yeux rivés sur la scène, casques de traduction vissés sur les oreilles, on trouve des gens de tous les horizons. Élus de mairies, animateurs sociaux, activistes de l’éducation populaire, salariés d’associations engagées sur le terrain, bénévoles, représentants des centres sociaux, un parterre de bonnes volontés assiste aux débats et aux exposés et tente de rapprocher ce qui est dit de ce qui se fait localement.

Et de la bonne volonté, il en faudra pour suivre les développements passionnants mais complexes, souvent difficiles à traduire mais ouvrant des portes inattendues aux participants.

De la théorie…

Car de théories, de chronologie et de références, nous n’en manquâmes pas, loin s’en faut durant ces trois jours. Comme dit plus haut, il s’est agi pour deux jours d’asseoir les concepts autour de conférences (quatre + une conclusive). La plus marquante pour moi aura été la seconde de la première journée intitulée « Quelles politiques pour quelle participation ? Entre désengagement de l’Etat et contre-pouvoir citoyen ». Pas vraiment engageant ce titre ? Il aura fallu toute ma concentration pour suivre les exposés passionnants et stimulants de Robert Fisher (de la Connecticut University) mais c’est Maurice Glasman qui aura remporté tout mon intérêt.

En effet, Glasman a situé la pensée communautaire dans un équilibre précaire entre volonté populaire et volonté capitaliste, l’autonomie comme revendication commune. Précaire pourquoi ? Simplement parce que l’autonomie pour les capitalistes est le paravent discret de la mise à mort des solidarités instituées traditionnellement par l’État (retraites par répartition, sécurité sociale…) alors que du point de vue du peuple, il s’agit plutôt de retrouver des marges de manœuvres sociales et politiques (monnaies alternatives, SEL, AMAP…).
De plus, Glasman a souligné un paradoxe visible notamment en France qui tend à opposer le monde de la foi et celui du travail dans la critique  du libéralisme (opposition signifiée souvent dans les affrontements entre gauche radicale marxiste et droite radicale souverainiste). Les uns attaquant la prédominance de possédants selon la lunette de la lutte entre Capital et Travail, les autres refusant du point de vue moral les conséquences immédiates d’une idéologie de transgression permanente.

Ce paradoxe est d’autant plus utile aux libéraux qu’il signe selon Glasman un affaiblissement de cette critique antilibérale fractionnée en factions opposées artificiellement. Leurs valeurs et leurs pratiques sont pourtant troublantes de similitude : respect du prochain (camarade ou frère), respect du plus petit (mutuellisme ou charité), diminution des inégalités matérielles (redistribution ou équité), etc. Pour les professionnels et les bénévoles des centres sociaux présents dans l’assemblée, je pense que ces mots ont pris une importance particulière (se souvenir du pasteur Barnett).

Bien entendu, ce petit encart sur cette conférence ne diminue en rien la qualité des autres, citons l’intervention de Luke Bretherton sur le dépassement de l’opposition local/global ou Joseph Kling sur la typologie des communautés.

À la pratique !

Après avoir bien nourri nos esprits de concepts, le collectif Pouvoir d’agir nous proposait sur la dernière journée une série d’ateliers autour de l’organisation communautaire. On en retiendra le projet Echo qui aura fait forte impression tout au long des trois jours, autant dans les questions posées par l’assemblée aux conférenciers que lors de leurs ateliers. L’éternel Saul Alinsky (réédité récemment) au service d’une action communautaire, de formations de leaders engagés, c’est possible et ils le démontrent ! Dans un atelier formé en « cercles concentriques » de discussions, on y parle de nous, de ce que l’on fait, de ce que l’on comprend de la logique d’Alinsky, des applications possibles à notre échelle. J’y rencontrerai Marie de Dialogues en Humanité ainsi qu’un sympathique retraité militant un peu isolé sur Bordeaux de la cause des agricultures biologiques entre autres.

Marché aux initiatives, échanges de cartes de visites, prise de contact, les participants phosphorent les uns avec les autres entre deux salles, entre deux repas, entre deux tables rondes. Mais les meilleures choses ont une fin, après les promesses de se revoir, de se retrouver, il est temps de tirer le rideau pour tous sur ces trois jours éprouvants.

J’aurais pu faire un papier entier consacré à l’extraordinaire conférence d’Anthony Brault de la SCOP Le Pavé sur la fin du pétrole (quinze ans les amis !), un autre sur les seules rencontres effectuées en trois jours et un dernier sur les interviews des conférenciers réalisées là-bas. Comme bien d’autres évènements, ce colloque était l’occasion de se rappeler qu’aussi proches nous sommes de cause, aussi unis, nous avons la malheureuse habitude de formuler des vœux dépassant de loin nos partenariats futurs. Une seule chose à faire pour conjurer le sort, à tous : au travail ! Comme le dit l’adage :

«  Se réunir est un début ; rester ensemble est un progrès ; travailler ensemble est la réussite. »

est engagé en tant que service civique, attaché à la communication sur l'appui au Congrès 2013 et à la mise en place du réseau sur les réseaux sociaux.
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