Etre bénévole dans un centre social: pourquoi?

Par • 1 Sep, 2011 • Catégorie: A la une, Accueil, Acteurs, Actualités, Compte-rendus, Focus, Languedoc-Roussillon, Régions, Témoignages, Zoom sur

Véronique Nunge, étudiante en Master 2 Intermédiation et développement social, a mené au cours de cette année, pour le compte de la fédération des centres sociaux du Languedoc-Roussillon, une étude portant sur la “plus-value sociale” des centres sociaux. Plus précisément, cette étude porte sur les bénévoles qui font vivre nos structures: pourquoi deviennent-il bénévoles? Que trouvent-ils au centre social? Quels sont les freins au bénévolat ou les leviers qui permettent de le favoriser? De quelle manière cet investissement bénévole rejaillit-il sur la société? Tels sont les questions qui ont guidé ce travail.

Nous publions ci-dessous une interview de Véronique Nunge, qui nous livre les conclusions de son enquête, ainsi qu’un film réalisé par l’équipe de la Web-TV de la Cour des miracles, centre socioculturel de Salindres, dans le cadre de cette étude.

Cliquez ci-dessous sur le symbole “lecture” pour lancer le film

Quelle a été votre méthode pour cette étude?

En sciences sociales il existe plusieurs méthodes : questionnaires, entretiens, observations, études des traces. Le choix de la méthode dépend du sujet, du contexte et du temps imparti. Dans le cas présent j’ai choisi dans de commencer par une enquête exploratoire par entretien pour mieux appréhender la question.
Après avoir rencontré une quinzaine d’administrateurs et administratrices, de bénévoles et de salarié(e)s des centres sociaux dans les départements du Gard et de l’Hérault, j’ai proposé aux administrateurs de donner leur avis directement en mettant à profit l’atelier Web TV d’un des centres sociaux, ce qui a abouti à la réalisation par les bénévoles eux-mêmes d’un film.
Parallèlement j’ai mené des entretiens avec trente administrateurs et administratrices, directeurs et directrices en Languedoc Roussillon et en Ile de France.

Quelles sont les principales motivations exprimées par les bénévoles que vous avez rencontrés?

Les motivations sont multiples : le désir d’être utile, le travail sur un projet précis (changement de statut, nouveaux locaux …), la recherche de lien social suite à un déménagement, l’envie de faire bouger les choses, l’envie d’apprendre, de comprendre, de donner du sens à son action. Il est à noter que parmi les 28 bénévoles 20 étaient usagers ou parent d’usager. Leurs motivations première à pousser la porte du centre social a été leur intérêt que ce soit pour des activités récréatives, éducatives ou de soutien. Concernant les parents d’usager la question peut se poser d’un don – contre don. La reconnaissance joue aussi dans les deux sens se sentir reconnu peut pousser à s’impliquer d’avantage.

« C’est aider, aider les salariés qui sont déjà en place. Les aider et pourquoi pas apporter un plus, par notre expérience, par nos expériences et dans tous les domaines. On dit que la différence est une richesse et moi c’est mon but d’apporter de la richesse, pas au sens argent, au sens relation, »
« Le bénévole, lui il a pas le salaire mais il a le plaisir. Il a le plaisir il a la reconnaissance, il a ce plaisir d’être, d’être celui qui tout compte fait se rend plus ou moins indispensable, et ça, c’est le salaire du bénévole. »

Que retirent-ils de cet engagement? Quelle en est pour eux la plus value?

Le bénévolat n’est pas gratuit. Il y a un retour pour la personne en terme de :

– création d’un réseau social ;
– renforcement du lien social ;
– sentiment d’une utilité sociale ;
– reconnaissance.

« Vraiment le sentiment d’être utile. Apporter sa pierre à l’édifice, ça, ça marque un peu et voilà c’est ça qui m’intéresse. »
« J’ai appris que j’ai toujours des compétences, je les ai retrouvées. »
«  Ça évite de rester chez soi »

La participation à la vie associative est évoquée dans les travaux de Georges Friedmann comme l’une de ces « activités de non travail » relevant des « loisirs actifs », type de loisirs susceptibles de compenser, selon l’auteur du Travail en Miettes, les effets désastreux du travail en permettant « la réalisation de soi, la créativité, l’initiative ».

Au niveau sociétal, quelle est la plus-value de cet engagement?

S’engager est un acte volontaire qui inscrit la personne dans un collectif. C’est d’ailleurs une des spécificités du monde associatif que de permettre cette participation citoyenne. Comme le souligne des auteurs1 «L’une des caractéristiques essentielles de l’économie sociale réside dans sa capacité à générer une importante «production de solidarité » ».

Les administrateurs sont conscients de leur responsabilité dans l’existence même de la structure :
« Faut pas oublier que si il n’y avait pas de bénévole, ben il n’y aurait pas de centre social »
« Et en même temps il y a une prise de conscience que si tu n’étais pas là ça ne se ferait pas. »

On peut parler de « surplus de solidarité », c’est ce qui différencie les structures du secteur non-marchand de celles du secteur marchand. Le bénévolat associatif permet d’offrir des prestations moins chères ou de meilleure qualité que le secteur marchand.

Quelles sont les limites à l’implication des bénévoles dans le centre social?

La reconnaissance en interne n’est pas toujours au rendez-vous :
« Et c’était super dur à un moment on était pas super reconnus », « Il y a des tendances à cantonner les gens dans des petites tâche très circonscrites en se disant je les ai dans les pattes ça  m’emmerde »

Parfois c’est même presque une concurrence avec certains salariés :
« Quelquefois avec les bénévoles et les salariés il y a des histoires de compétences, tu as des personnes qui sont bénévoles qui ont des compétences, ça peut être perturbant pour (un salarié). »

Le manque d’accompagnement, la complexité des enjeux, la technicité de la fonction, l’hermétisme d’un vocabulaire spécifique peut rendre la fonction d’administrateur difficile :
« Moi je sais que la première année (…) moi je l’ai dit à (la présidente) franchement la première année, moitié de la deuxième année j’ai voté oui ou non à des trucs je savais absolument pas quels étaient les enjeux derrière. »
« Ça fait deux ans qu’on tient notre AG en mars, il y a peu près tous les élus invités, les financeurs, y a pas de problèmes, les habitants on les voit pas, parce que la séance de l ‘AG les fait fuir, c’est un langage, compte tenu du quartier, qu’ils ne comprennent pas, ils se demandent ce qu’il font là »

Quelles sont vos propositions pour favoriser l’engagement?

« On a absolument besoin des bénévoles pour faire (…) et si on reconnaît la réalité de ton travail tu te sens en quelque sorte impliqué mais il faut que l’on te donne le sentiment que ce que tu fais est en gros indispensable… »
Les personnes s’engagent parce qu’elles y ont un intérêt, pour elles-mêmes ou pour leurs proches, l’accueil et l’information sur le fonctionnement sont essentiels. Ensuite un accompagnement est nécessaire qui doit faciliter leur intégration dans les temps et les espaces collectifs. Les solliciter à partir de leur savoirs faire et de leurs centres d’intérêt.
Permettre l’accès de tous au conseil d’administration est un objectif partagé par les salarié-e-s et les administrateurs et les administratrices. Beaucoup réfléchissent à des outils qui pourraient être diffusés.
Le principe « un homme, une voix » et la valorisation de la parole de chacun sont des principes de base, par exemple organiser pour chaque action, activité, projet un temps d’échange sur les objectifs, la mise en œuvre, l’organisation avec les usagers, les administrateurs et les salariés sans distinction de statut, ni d’âge en associant les savoirs et les compétences de chacun permet de donner du sens à la participation et de créer les conditions d’un travail associé. Et ce même avec les plus jeunes.
Après, un accompagnement à la VAE (renseignements par exemple sur : http://www.vaeguidepratique.fr/) pourrait être formalisé, la possibilité de transformer les acquis en diplôme (du CAP à la thèse) est intéressante.

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5 Réponses »

  1. Est-il possible d’avoir connaissance du mémoire de ce master? Je suis intérréssé pour croiser se que nous observons dans nos MJC avec votre travail. Merci Pierre Gilibert

  2. Bonjour Pierre. Le travail de Véronique Nunge n’est pas encore tout à fait terminé et nous n’avons pas encore décidé si nous le rendrons public. Ceci dit, je prends bonne note de votre demande et je reviendrai vers vous dès que nous aurons pris connaissance du travail final.

  3. Bonjour,
    très beau reportage.
    On s’y retrouve dans le bénévolat
    Surtout la reconnaissance !!
    Bien Cordialement

  4. Bonjour Franck. Merci pour votre commentaire. A bientôt sur notre site!

  5. je viens de lire ce document “archive” de septembre. J’ai repris plusieurs passages bien “dits” qui vont me servir lors d’une prochaine réunion de l’ensemble des comités d’usagers sur notre commune. Nous avons 4 centres sur Bar le Duc (en Meuse) 2 associatifs et 2 ex municipaux qui reviennent associatifs. Nous allons donc recréer deux comités d’usagers et j’ai trouvé dans cet article des éléments bien utiles pour parler de l’engagement des bénévoles.
    Personnellement je cherche également des “pistes” concernant les VAE chose exquisée à la fin de l’article ; comme Pierre si le mémoire est consultable, je suis “preneuse”
    Francine co-présidente des centre de Bar le Duc (Meuse)

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