L’accueil des enfants en situation de handicap dans les Centres Sociaux

Par • 24 avr, 2011 • Catégorie: A la une, Accueil, Actualités, Centres sociaux, Fédérations, Focus, Nord-Pas-de-Calais, Poitou-Charentes, Régions, Reportages, Témoignages, Zoom sur

Le centre social est un lieu de partage et d’échange, c’est pourquoi il est aussi important d’y accueillir les personnes en situation de handicap.

Nous avons pris l’exemple de deux fédérations qui s’impliquent dans l’accueil de personnes handicapées, surtout d’enfants : la Fédération des Centres Sociaux de la Vienne et celle du Nord.

Dans la Vienne, en poste depuis septembre 2010, Sylvain Cariou est le premier référent handicap à la fédération.

Son rôle est d’aller à la rencontre des centres sociaux et de les aider dans la mise en place de l’accueil d’enfants en situation de handicap. C’est en partenariat avec la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH) que les types d’handicap qui peuvent faire l’objet d’un accueil au centre social ont été définis : moteur, mental et sensoriel. Les problèmes de santé comme le diabète sont plus compliqués à accueillir à cause des soins à donner.

Cela fait deux ans que le projet a été pensé et il est expérimenté sur une période de trois ans.

Pourquoi une telle démarche ?

« Il y avait une réelle demande sur le territoire, un manque sur le département » explique Sylvain.

Une sensibilisation des animateurs des centres de loisirs a commencé au début du mois d’Avril. En amont, un questionnaire de la fédération a circulé dans les centres pour savoir s’ils accueillaient des enfants en situation de handicap, si oui comment et si non, pensaient-ils le faire ?

« Dans cette sensibilisation il y a un module sur la représentation liée au handicap. Cela répond à un réel besoin car les animateurs, surtout les jeunes, ne sont pas formés pour ce genre de public, ils ont donc besoin d’être accompagné et rassuré. Cette sensibilisation a reçu un accueil positif et cela montre une remise en cause des pratiques

Quel genre d’aménagement doit faire un centre de loisirs pour accueillir un enfant handicapé ?

« Il y a un travail d’accessibilité à faire car certains centres de loisirs sont dans d’anciens bâtiments, mais il ne s’agit pas seulement d’abattre un mur pour faire passer un fauteuil roulant. L’accessibilité c’est aussi avoir un bon accueil, une bonne écoute, un comportement adapté. Je me déplace aussi pour donner des conseils dans la reconfiguration des locaux pour qu’ils soient mieux adaptés pour les enfants handicapés, sur l’aménagement du rythme des journées, des activités. Ceci dit, la Fédération ne peut pas imposer aux structures de faire des travaux. Mais il y a une loi qui oblige les lieux publics à être accessibles d’ici 2015. »

Quel est l’intérêt d’accueillir des enfants handicapés dans un centre social? « Les enfants handicapés, qui n’ont pas forcément l’habitude de fréquenter des enfants valides, s’épanouissent au centres de loisirs. Pour leurs parents, c’est un mode de garde qui peut leur permettre de souffler un peu. Enfin, en ce qui concerne les autres enfants, cela leur permet d’appréhender la différence. D’ailleurs, ils ont souvent moins de crainte que les adultes face au handicap« .

Au centre de loisirs La Fontaine à Poitiers, suite à une sollicitation d’une mère dont l’enfant se trouvait en Institut médico-éducatif (IME), Pascal Mabille, directeur du centre, a réfléchi avec son équipe et avec l’aide de  Sylvain Cariou, aux aménagements nécessaires.

Pascal tire le même bilan que Sylvain: « Accueillir un enfant handicapé, c’est changer le regard face au handicap, et plus largement, à la différence. D’ailleurs, les enfants ont moins d’a priori que les adultes, notamment les parents d’enfants valides. Du côté des enfants handicapés, c’est aussi un enrichissement. Leurs parents ont peur que le centre de loisirs n’accueille pas, la communication permet de montrer le contraire, ça a un effet direct. »

L’accueil des enfants handicapés dans les centres sociaux du Nord

La Fédération des Centres Sociaux du Nord s’est elle aussi lancée dans une réflexion sur l’accueil d’enfants handicapés.

Même si les centres sociaux n’ont pas attendu la fédération pour accueillir des personnes en situation de handicap, cet accueil n’était pas structuré et c’est là que la fédération est intervenue, pour mutualiser la démarche, avoir des bases communes.

Cet demande d’accueil venait aussi des établissements spécialisés qui souhaitaient que leurs usagers participent aux activités des centres sociaux.

Le chantier « Handicap et citoyenneté » porté par la fédération a donc pour but de réfléchir à un accueil équitable des personnes en situation de handicap dans les centres sociaux, afin qu’elles aient accès à l’ensemble des activités et services, de manière cohérente avec le projet centre social.

La commission handicap et citoyenneté a été créée en 2007. Un séminaire s’est tenu le 17 octobre 2008 où les centres sociaux pratiquant l’accueil de personnes handicapées ont pu témoigner sur leur expérience et notamment les difficultés rencontrées.

> Cliquez ici pour télécharger les actes du séminaire

Suite au séminaire un référentiel a été élaboré. Il s’agit d’un guide pour bien accueillir le public handicapé et pour établir des partenariats avec les établissements spécialisés et les collectivités locales.

> Cliquez ici pour télécharger ce référentiel (PDF).

La ludothèque de la Maison de quartier les Moulins à Lille, accueille quant à elle des enfants handicapés accompagnés soit de leur famille soit par des éducateurs. « Il s’agit d’un accueil libre et ponctuel », nous répond Natacha Sarrazyn, ludo-psychiatre.

La ludothèque a des partenariats avec deux instituts médico-éducatif (IME) et un service d’éducation spécialisée et de soins à domicile (Sessad).

Avec l’IME Lino Ventura, l’accueil s’est fait dès le début avec deux enfants et leur éducateur. Il s’agissait au départ d’un projet d’accueil pendant l’accueil public, afin que les enfants en situation de handicap échangent avec des enfants dits « normaux », avec aussi une démarche de responsabilisation par le prêt de jouets que les enfants devaient rapporter le lundi suivant à la ludothèque.

« La deuxième année de partenariat avec l’IME Lino Ventura, le groupe a changé, nous avons accueilli cinq enfants, toujours dans un temps d’accueil public. notre principale difficulté était d’entrer en communication avec ces enfants, il nous a fallu plusieurs séances pour trouver des jeux qui nous permettaient d’entrer dans leur sphère. Sinon les choses ont été bien anticipées, il y a eu une rencontre avec l’équipe de l’IME au préalable pour connaître leurs objectifs et pour que eux connaissent le fonctionnement de la ludothèque. », nous explique Natacha Sarrazyn.

Par la suite, des créneaux d’accueil spécifiques pour les enfants handicapés ont été mis en place, comme nous l’explique Christine Déprés, responsable de la ludothèque: « Ainsi, nous avons pu mettre en place un suivi approfondi avec avec les éducateurs de l’IME et organiser des bilans intermédiaires pour faire évoluer l’accueil. Donc l’année dernière, de septembre 2009 à juin 2010, ils avaient la ludothèque rien que pour eux le lundi matin. Nous avons pu travailler plus en partenariat sans être trop préoccupé par le public.»

Quelles ont été les difficultés rencontrées dans cet accueil spécifique?

« Les enfants sont plus âgés mais ils n’ont pas le même âge dans leur tête et ils ont plus tendance à casser les jouets. Peut-être aussi que nos jouets ne sont pas adaptés. Par contre, comme il s’agit d’un temps d’accueil à part, ma collègue a le temps de réaménager l’espace, de mettre les jouets à leur disposition. »

L’importance de cet accueil c’est que les enfants peuvent sortir de leur cadre quotidien. Cela dit «  au début, les enfants avaient du mal à prendre les jouets, ils attendaient l’autorisation, ils n’osaient pas. »

Pour les parents, qu’apporte cet accueil ?

« Je prends l’exemple d’une maman d’un enfant autiste, pour qui la ludothèque c’est vivre autre chose que la maison ou le parc, c’est aborder par le jeu le grandissement de l’enfant. La ludothèque est même conseillée par la PMI (protection maternelle infantile), c’est aussi un moyen pour les parents de se rencontrer et de rompre un peu la fusion relationnelle qu’il peut y avoir entre une mère et son enfant. »

Quels sont les projets de la Maison de quartier ?

« En 2010 nous avons participé à la Fête du jeu qui était axée sur ‘’jouons avec nos différences’’. Avec l‘association Sac à dés qui fait des jeux adaptés aux personnes ayant une déficience visuelle. Elle propose aussi une formation de mise en situation de personnes déficientes visuelles. Nous réitérons cette année. Nous avons aussi un projet en attente avec l’association SourdMédia qui accompagne des personnes avec des déficiences auditives, qui viennent jouer en famille à la ludothèque. Nous leur avons demandé une formation en langage des signes. »

En conclusion de cet article, nous vous proposons de visionner ci-dessous le film « Les centres sociaux, handicap et citoyenneté » produit par la Fédération du Nord et qui passe en revue plusieurs expériences d’accueil de publics handicapés.

D’autres expériences à relater? Des témoignages à partager? N’hésitez à les publier en commentaires ci-dessous.

est rédacteur du site centres-sociaux.fr
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9 Réponses »

  1. j’ai lu avec beaucoup d’intéret le travail de réflexion qui a été mené sur l’accueil de public handicapé en centre de loisirs. nous avons été confrontés lors des derniéres vacances à l’accueil d’enfants handicapés ce qui a posé des problèmes liées à l’encadrement, à la non-connaissance de ce public des animateurs.
    j’aimerai pouvoir partager vos expériences, je pensai me tourner vers le conseil général pour m’aider à financer un animateur supplémentaire afin d’assurer l’encadrement des enfants dans de meilleures conditions, qu’il m’aide aussi à mettre en place des actions de sensibilisation des équipes d’animation
    comment avez vous procédé ?
    merci de me répondre
    la directrice véronique LENHARD

  2. Bonjour Véronique. Merci pour votre commentaire. Le mieux est de contacter directement Sylvain Cariou, chargé de mission handicap à la fédération des centres sociaux de la Vienne. Vous pouvez le joindre à la fédération au 05 49 00 01 45.

  3. Bonjour,

    Je ne trouve pas la vidéo évoquée à la fin de l’article…

  4. Bonjour, je suis ravie de voir que des choses se mettent en place pour l’accueil des enfants handicapés dans les centres de loisirs. Je suis responsable d’un secteur enfance dans la région lyonnaise et j’accueille dans le cadre d’un centre de loisirs 2 enfants porteurs de handicap. Le travail autour des aménagements nécessaires et des partenariats a été effectué mais cet accueil implique des dépenses importantes puisqu’un personnel supplémentaire doit être embauché. Y a-t-il un Sylvain CARIOU en région Rhône-Alpes et connaissez-vous des modes de financements pour l’accueil des enfants handicapés dans le cadre d’un A.C.M.?
    Je me suis déjà adressée au conseil général, au PRE de la ville où je travaille, et à handicap international, sans succès.

  5. @Luc: La vidéo avait effectivement sauté. Je l’ai remise. Merci de l’avoir signalé.

    @Isabelle: de la même manière que Véronique (voir la réponse plus haut), je vous conseille d’appeler directement Sylvain à la fédération de la Vienne. Il sera mieux placé que moi pour vous répondre.

  6. J’ai lu avec intérêt votre article sur l’accueil du public handicapé dans les centres de loisirs.
    Ma fille de 13 ans, porteuse d’une maladie rare, est privée de tout accueil depuis septembre 2010, et n’a plus depuis cette date, guère de contact avec des enfants de son âge.
    Je me suis donc renseignée auprès de différents centres de loisirs de mon département.
    A la ville de Châtellerault, la conseillère municipale et générale chargée du handicap m’a répondu qu’aucun accueil n’était possible dans la ville pour ma fille… autiste. Le centre de loisirs, spécialisé dans l’autisme sur le département, m’a répondu lui qu’il ne pouvait pas accueillir ma fille, faute de diagnostic d’autisme (et pour cause…).
    J’ai eu comme troisième réponse que ma fille était trop âgée, les accueils du mercredi s’arrêtant à 12 ans (ma fille les avait encore lors de ma demande, et la spécificité et les thèmes des accueils du mercredi correspondent quoi qu’il en soit tout à fait à ses capacités, bien plus que des séjours plus sportifs ou de compréhension plus difficile, tels que proposés aux ados).
    Au final, je n’ai pu proposer à ma fille aucun contact avec d’autres jeunes.
    Dans l’article de La Nouvelle République paru sur le sujet, il est bien noté qu’il ne faut pas contacter Sylvain Cadiou directement. Comment faire alors lorsque les différents contacts n’aboutissent pas ?
    Quoi qu’il en soit, pas besoin de faire la promo d’un service qui sur le terrain n’est absolument pas visible.
    Cordialement,
    F. Meunier

    http://www.lanouvellerepublique.fr/vienne/ACTUALITE/24-Heures/Accueil-des-handicapes-l-effort-des-centres-de-loisirs

    http://lemondedecamille.free.fr

  7. Bonjour, je suis le référent handicap pour les accueils de loisirs de la Vienne cité dans l’article ci dessus. Je me permet de réagir aux commentaires que j’ai lu avec attention.
    D’abord, j’invite tous ceux qui souhaitent des renseignements sur la construction et la mise en place de ce projet dans notre département à me contacter.
    Ensuite, et surtout, j’invite la maman de Camille à me contacter pour que nous nous rencontrions afin d’échanger sur vos besoins et envies en terme de loisirs. Je vous y invite d’autant plus madame, car je travaille actuellement avec plusieurs accueils de loisirs de Châtellerault.(05 49 00 01 45)
    Enfin, je précise que ce projet s’adresse prioritairement aux ALSH qui reçoivent la demande de parents (ce qui explique que ce sont plutôt les structures qui m’interpellent, davantage que les parents).
    Pour conclure, ce projet expérimental est opérationnel depuis septembre dernier; ce qui est un temps assez court pour que toutes les structures de loisirs se l’approprie, d’où le manque de visibilité possible pointé par Mme Meunier.
    Il n’en reste pas moins que je suis mobilisable et disponible.
    Cordialement
    S.Cariou.

  8. Je suis animatrice dans un centre de loisirs dans l’Aude. Je suis référente des petits porteurs de handicap depuis presque deux ans. On accueille des petits qui ont un handicap moteur, mental et sensoriel. C’est un projet qui a permis à certains parents de souffler un peu et d’être rassurer qu’enfin il ya une structure qui peut accueillir leurs enfants. La CAF a financé ce projet, en commençant par rendre les locaux accessibles. Vet investissement a apporté ses fruits car j’ai accueilli beaucoup de petits et certains centres suivent le même chemin. Tout est possible Par contre j’ai suivi quelques formations, pour un meilleur accueil, comment faire face en cas de crise… C’est vrai que pour accueillir ce public, il faut avoir une certaine diplomatie, aimer les enfants, rassurer le petit, lui donner confiance. Ce n’est pas toujours facile, car c’est angoissant quand on arrive pas à calmer un petit en cas de crise. bon courage, beaucoup de bonnes choses. bonne continuation

  9. Merci pour votre témoignage!

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