Les centres sociaux ouvrent la collecte des situations d’indignité

Par • 1 Mar, 2011 • Catégorie: A la une, Accueil, Actualités, Centres sociaux, Congrès 2013, Déclarations, Evénements, Fédérations, Focus, Mobilisation, Régions, Rencontres-débats, Reportages, Rhône-Alpes, Vie de la FCSF, Vie du réseau, Zoom sur

Comme l’a annoncé Pierre Garnier, Président de la Fédération des Centres sociaux et Socioculturels de France (FCSF) à l’occasion de ses vœux de fin d’année, notre fédération s’est engagée officiellement depuis juin 2010 dans une démarche de mobilisation qui aboutira à l’organisation du 8e Congrès des centres sociaux en juin 2013.


> Cliquez ici pour lire l’Histoire des congrès des centres sociaux sur Wikipédia

Première étape de cette démarche: la réalisation d’un diagnostic participatif national, placé sous l’égide de la Dignité humaine, l’une des trois valeurs fondamentales de notre Charte fédérale. Quelles sont sur nos territoires les situations qui bafouent la Dignité humaine? Telle est la question à laquelle tous les centres sociaux sont invités à répondre, en vue de la réalisation d’un bilan de société qui sera débattu, dans un second temps, au sein des centres ; de ces débats, émergeront des actions et des propositions solidaires qui nourriront notre grand rendez-vous de juin 2013.

Pour mieux comprendre l’intérêt et les modalités de ce diagnostic, nous vous proposons un reportage dans la Drôme, où la fédération locale et plusieurs centres sociaux ont d’ores et déjà initié cette démarche de « collecte » des situations d’indignité.

« Nous nous sommes rapidement saisis de cette démarche car celle-ci s’intègre parfaitement à notre projet fédéral », explique Jérôme Bar, délégué de la Fédération des centres sociaux de la Drôme. « En effet, l’un des axes de ce projet consiste à appuyer les centres dans une meilleure écoute de leur territoire et c’est exactement ce en quoi consiste la première étape de la démarche vers le Congrès ».

Car ce qui est en jeu dans ce travail, c’est la capacité des centres à prendre en considération la parole des habitants pour mettre en place de nouvelles actions ou, lorsque cela se justifie, à la porter à un autre niveau, départemental ou national. « J’aime bien distinguer ce qui relève du « cœur d’activité » des centres sociaux, ou autrement dit, les activités que l’on retrouve souvent dans les centres: accueil de loisirs, petite enfance, etc. ; et ce qui relève d’autre part de leur « cœur de métier », tel qu’il est défini dans notre Charte Fédérale. On y lit notamment que le centre social « entend être un foyer d’initiatives porté par les habitants ». Cela signifie que les centres sociaux ne sont pas là uniquement pour fournir des services aux habitants mais aussi et surtout pour être à leur écoute et mettre en place des actions qui relèvent d’une volonté de transformation sociale. La formulation de cette phrase est importante également: « entend être » signifie qu’il s’agit d’un horizon commun et que nous avons encore à travailler pour réduire l’écart entre notre discours et la réalité. Et c’est exactement ce que nous faisons grâce à cette « collecte » nationale des situations d’indignité. »

Concrètement, comment les centres drômois vont-ils procéder pour participer à ce diagnostic?

A l’Espace social et culturel du Diois (ESCDD) à Die, cette récolte des situations d’indignité va s’intégrer à une démarche plus globale de débat autour de la question de la précarité et de l’emploi. Alain Cantarutti, directeur de l’Espace, nous en retrace l’historique: « Nous avons renouvelé notre projet de territoire l’année dernière et en faisant le bilan du projet précédent, nous avons fait le constat d’une dispersion liée au fait que nous tentions de travailler toutes les questions sociales que nous soumettaient les habitants. Dans la perspective du nouveau projet 2011-2014, nous avons donc voulu identifier 2 ou 3 questions sociales que nous traiterions par la suite en profondeur. Pour y parvenir, nous avons organisé une grande consultation des habitants de Die et des environs, qui a pris la forme d’une caravane pilotée par une trentaine d’ enquêteurs (habitants, administrateurs et salariés) chargés de recueillir la parole des habitants. »

> Cliquez ici pour être dirigé vers la page du site de l’ESCDD consacrée à la démarche de renouvellement de projet

Cliquez ci-dessous sur le symbole lecture pour voir la vidéo de présentation de la démarche de renouvellement de projet par Xavier Levet, Président de l’Espace social et culturel du Diois (2:32 mn):

« Lorsque nous avons fait le bilan de cette enquête, nous avons pris conscience que la principale préoccupation des habitants concernait les questions d’emploi et de précarité » poursuit Alain. « Fin 2010, nous avons donc mis en place un groupe de travail pour réfléchir à cette question, d’abord avec les acteurs du centres, salariés et bénévoles; groupe que nous sommes en train d’ouvrir plus largement à tous les habitants intéressés et surtout concernés par cette question. En effet, il ne s’agit surtout pas de réfléchir à la place des gens en situation de pauvreté ou de précarité, mais de réfléchir avec eux à la manière dont leur situation peut évoluer. »

Comment la démarche Congrès s’intègre-t-elle au lancement de groupe? « Depuis quelques années, nous avons vraiment pris conscience que le travail de l’Espace social et culturel, au-delà des activités que nous proposons, consiste à animer du débat avec tous les acteurs du territoire et, le cas échéant, à accompagner des propositions ou des revendications émanant des habitants. La démarche Congrès, qui consiste dans un premier temps à recueillir collectivement les indignations, les colères des habitants avec lesquels nous travaillons est donc un excellent moyen de souder le groupe que nous souhaitons accompagner. Cela s’intègre parfaitement à notre projet ».

Le centre social Saint Rambert d’Albon s’est lui aussi investi dans la démarche Congrès et la collecte d’indignations en s’associant à un groupe de travail, le groupe « Solidarité emploi ». Un travail de réflexion est donc effectué à l’intérieur même de ce groupe avec un animateur. D’ailleurs, un thème a déjà été retenu : le sentiment de négligence qui règne dans le service public. C’est-à-dire la façon dont les personnes sont perçues et reçues par le personnel du service public. « Cette démarche permet au centre social de prendre du recul et de réfléchir à l’actualité, au quotidien de chacun et de voir tout ça avec une autre dimension », explique Amandine Fanget, référente familles.

La Maison de quartier Coluche à Romans, a une toute autre façon de procéder en ce qui concerne la collecte des indignations. Le centre social a édité un questionnaire réalisé avec la Fédération de la Drôme.

Ce questionnaire comporte 5 entrées :

– citez une situation d’indignation qui nous concerne ou dont nous avons été témoin.
– cette situation est-elle partagée par d’autres personnes ?
– qui peut agir ?
– que peut faire la maison de quartier ?
– une ligne ouverte, libre colère, où les personnes peuvent s’exprimer.

> Cliquez ci-dessous pour afficher le visuel du questionnaire:

Des questionnaires sont mis à disposition des habitants et une animatrice va à la rencontre des personnes qui fréquentent la Maison de quartier afin de récolter leurs indignations. De plus, à l’entrée, un panneau « nos colères et nos indignations » a été affiché afin de montrer l’avancée de la récolte. Enfin, c’est lors de son Assemblée Générale que la Maison de quartier fera un bilan des indignations collectées.

Parmi les indignations récoltées, des thèmes sont déjà ressortis comme :
– la situation dans laquelle se trouvent les personnes sans papiers.
– l’absence de service public de proximité.
– la situation et l’isolement des personnes handicapées.

Le fait de s’investir dans une telle démarche permet à la maison de quartier d’ « offrir un moyen d’expression aux habitants, ceux touchés par une indignation ou ceux qui sont militants. Et cela permet aussi d’échanger avec ces personnes », nous dit Valérie Raia, directrice du centre.

La Maison de quartier des Ors à Romans a une façon de faire similaire, portée sur l’échange avec les habitants. Aucune indignation n’a été récoltée mais la démarche est lancée. C’est au printemps que la Maison de quartier profitera de la fête de quartier pour échanger avec les habitants et faire sa collecte d’indignations. Un travail sera fait en amont lors de l’Assemblée Générale en avril pour savoir sous quelle forme se fera l’animation.

L’intérêt qu’y trouve la maison de quartier est que cette démarche est l’occasion de « relancer le travail de proximité avec les habitants et de trouver les outils pour l’effectuer. De plus si des indignations sont partagées, cela peut servir de support dans la création de collectifs et cela s’inscrit dans le renouvellement de projet de la maison de quartier », commente le directeur Alain Hainselin: « L’indignation, c’est le premier pas vers la résistance ».

Saluons la belle implication des centres sociaux de la Drôme qui, à travers ces actions, se repositionnent sur leur travail de proximité et d’échange avec les habitants.

Au cours du premier semestre de l’année 2011, cette démarche de collecte d’indignations s’étendra à tout le réseau des centres sociaux fédérés et permettra une réflexion autour de ce qui touche les habitants, de comment le centre social peut agir et au-delà, de quelle manière notre réseau peut porter, dans son ensemble, certaines revendications. Cette réflexion sera au cœur de notre Université fédérale, prévue en septembre 2010 à Sangatte, qui donnera lieu à la publication d’un bilan de cette collecte. Nous vous tiendrons régulièrement informés sur centres-sociaux.fr de l’avancée de cette démarche et de ses suites.

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