Fabien Bazin: « Faire naître des projets co-construits avec les citoyens »

Par • 5 Nov, 2010 • Catégorie: A la une, Accueil, Actualités, Chantiers fédéraux, Compte-rendus, Evénements, Rencontres-débats, Ruralité, Témoignages, Vie de la FCSF, Zoom sur

Par Julien Bastide et Benjamin Pierron

La Fédération des Centres sociaux et Socioculturels de France (FCSF), la Fédération des Centres Sociaux des Deux Savoie et les membres du chantier « Ruralité » (cliquez ici pour plus d’informations sur ce chantier fédéral) ont organisé le 24 septembre 2010 à Lépin-le-Lac en Savoie une journée de rencontre sur le thème: « Centres sociaux ruraux et intercommunalités : L’action sociale au coeur des territoires ».

En effet, avec la réforme des territoires (cliquez ici pour plus d’informations), l’intercommunalité est amenée à devenir un échelon incontournable pour la mise en place des projets, surtout en milieu rural. Avec l’arrivée constante de nouveaux habitants venus des villes, la demande de services publics s’accroît en effet dans les territoires ruraux. Quelle sera demain la place des centres sociaux dans ces territoires? Comment peuvent-ils contribuer à développer la participation des habitants à l’échelle d’un bassin de vie plus large que celui d’une commune ou d’un quartier?

Telles sont les questions qui se sont posées aux participants de cette journée, qui a attiré une quarantaine de représentants de centres sociaux ruraux et de fédérations départementales, de la région Rhône-Alpes à l’Ile de France, de Midi Pyrénées à l’Aisne ! Des précieuses contributions leur ont permis de s’enrichir collectivement, comme la présentation du travail ayant présidé à la création du centre social « Agir Ensemble Localement » du lac D’Aiguebelette ou la présentation de l’étude menée par l’Assemblée des Communautés de France (Adcf) sur l’intercommunalité.

> Cliquez ici pour télécharger la présentation de l’étude de l’AdCF: « L’action sociale intercommunale en 2010 »

Egalement présent lors de cette journée, Fabien Bazin, Conseiller général de la Nièvre et Maire de Lormes, a présenté l’idée de « bouclier rural » qu’il contribue à défendre et qu’il nous décrit dans l’interview ci-dessous.

> Cliquez ici pour télécharger le programme du bouclier rural

> Cliquez ici pour être redirigé vers le blog du bouclier rural.

Fabien Bazin

Pourquoi proposer l’idée d’un « bouclier rural »?

Fabien Bazin: Cette idée provient de 2 constats. D’une part, alors que nous avons actuellement 11 millions d’habitants en zone rurale, certains études montrent que 10 millions citadins ont pour projet de s’installer prochainement à la campagne. En d’autres termes, il faut s’attendre à ce que l’espace rural regagne des habitants dans les prochaines années. D’ailleurs, le mouvement est d’ores et déjà enclenché: les statistiques de l’INSEE montrent clairement qu’un « exode urbain » est perceptible et, même s’il n’égalera sans doute pas en ampleur l’exode rural du siècle dernier, le développement du télétravail et de la mobilité européenne risquent de venir l’amplifier. Mais parallèlement à ce mouvement, nous constatons depuis plusieurs années une attaque en règle contre les services publics de proximité. Comment faire face à cette contradiction? Car, très concrètement, il ne faudrait pas que nous soyons obligés de fermer des écoles pour les rouvrir dans quelques années… C’est ainsi qu’est née l’idée du bouclier rural.

En quoi cela consiste-t-il?

FB: Tout d’abord, j’insiste sur le fait qu’il s’agit d’une idée évolutive, actuellement en pleine construction, et dont je ne suis pas le seul contributeur. Mais le principe de base est le suivant: il faut garantir aux citoyens qui habitent en zone rurale un accès aux services de santé en moins de 45 minutes et aux écoles en moins de 20 minutes. Par ailleurs, nous préconisons l’installation des réseaux à haut débit en fibre optique, et ce d’ici 10 ans maximum, afin de favoriser le télétravail. De plus, nous souhaitons également soutenir le petit commerce et l’artisanat, notamment en adaptant leur fiscalité à la saisonnalité de l’activité. Une autre idée, inspirée par un dispositif américain qui a fait ses preuves, le CRA: obliger les banques à redistribuer l’épargne collectée sur un territoire sur ce même territoire, une mesure, qui pourrait profiter, pourquoi pas, aux associations du territoire, dont les centres sociaux.

Justement, quel rôle pourraient jouer d’après vous les centres sociaux dans le bouclier rural?

FB: L’une des questions que nous nous posons dans le cadre de la réflexion autour du bouclier rural est: comment faire de la politique autrement? Comment passer d’une logique ou l’élu – je préfère d’ailleurs le terme de « représentant » – est vu comme un « homme providentiel » sur les épaules duquel tout repose, à une logique de co-décision des choix publics avec les citoyens? Dans cette perspective, je pense que les centres sociaux seraient parfaitement qualifiés pour devenir les animateurs des projets de territoire, chargés de faire émerger du terrain les propositions et les bonnes idées; naîtraient ainsi des projets qui seraient co-construits avec les citoyens et dont le centre social pourrait être le garant. Pour ma part, j’organise régulièrement dans cet esprit les Vendredis du Canton de Lormes, qui rassemblent jusqu’à 150 personnes. Je suis donc persuadé qu’il existe une autre façon de vivre ensemble. Comme le dit Edgar Morin: « Il faut réhumaniser les villes et revitaliser les campagnes ».

est rédacteur du site centres-sociaux.fr
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